—Tiens, moi j’ai cru qu’en m’engageant on avait aussi prié mon épouse.—Nous allons toujours partout ensemble;—nous ne faisons qu’un.
—Il m’est impossible de laisser entrer madame, qui n’est pas invitée, puisqu’on ne lui a pas envoyé de billet.
—Diable! c’est bien désagréable d’avoir fait tant de frais pour rien:—Comment faire?
—Comment faire?
—Écoute, ma bonne, pour que tout ne soit pas perdu, je vais te laisser un moment chez M. le concierge, et je ferai seulement le tour du bal pour jouir du coup d’œil,—et puis aussi parce que le roi serait peut-être fâché de ne pas me voir.—Monsieur le concierge, je vous confie mon épouse,—que je vais venir reprendre.
—Ne sois pas longtemps, mon ami.
—Je t’ai déjà dit, ma bonne, que je ne veux que faire le tour du bal.
Madame la mairesse s’assied chez le concierge,—et son mari monte. Il entre dans la galerie, où se trouve une foule immense.—Il se glisse de côté, il pousse,—non sans exciter des murmures et provoquer des apostrophes,—pour arriver à la salle des maréchaux, où se tiennent la reine et les princesses.—Il y parvient à grand’peine; mais là il n’y a pas moyen de bouger;—on y respire tout au plus;—l’espace nécessaire à une personne est occupé par cinq ou six.—On valse, il faut attendre la fin de la valse.—Après la valse, il se remet en route,—poussant et bousculant de plus belle,—emporté par un flot de la foule et rapporté par un autre flot,—perdant en un instant le travail qu’il a employé à tourner un gros invité. A une heure, il arrive de l’autre côté de la salle pour voir la famille royale;—mais Leurs Majestés passaient dans la salle du souper;—il les suit, moitié de gré, moitié de force;—il voit la famille royale à table.—Il pense alors à son épouse, et veut s’en aller.—Quelle scène elle va lui faire, et quelle humeur pendant toute la semaine!—Impossible de traverser et de sortir;—les femmes y sont, il faut attendre le tour des hommes.—Il est trois heures, il faut bien prendre quelque chose.—Nouvelle lutte, nouveau combat, nouvelle victoire du magistrat municipal; il mange quelques truffes et boit un verre de vin de Champagne.—Enfin, ce n’est qu’à quatre heures passées qu’il va chercher son épouse, qui dormait chez le concierge.
Le couple retraverse la cour,—et remonte dans sa carriole d’osier.