Et si, par une de ces soirées glaciales du mois de janvier, je m’étais avisé d’ôter ma cravate,—quel rhume, bon Dieu! et quel enrouement pendant trois jours!—Mais les femmes, décolletées, les unes trop, les autres davantage,—restent roses et fraîches en subissant des épreuves qui tueraient un portefaix en moins d’une semaine.

Les femmes sont immortelles,—mais à la manière d’Achille;—il n’y a qu’un point par lequel on peut les tuer.

Les femmes ne meurent pas plus de vieillesse que d’autre chose.—D’ailleurs, il n’y a pas de vieilles femmes.—La nature, on ne sait pourquoi, à une certaine époque de leur vie, déguise les femmes en vieilles femmes,—comme la fée enferme la belle princesse dans une hideuse peau d’âne.—Mais au dedans elles sont toujours jeunes;—elles ont les mêmes goûts, les mêmes plaisirs,—le même cœur.

La seule chose qui fatigue et qui tue les femmes, c’est l’ennui.—Jamais une femme n’est morte d’autre chose.—Si une vieille femme meurt, ce n’est pas parce qu’elle est vieille, ce n’est pas parce qu’elle a beaucoup vécu;—c’est parce qu’elle s’ennuie,—et parce qu’on la laisse s’ennuyer.—Donnez à Baucis des plaisirs, des fêtes, des amoureux, des amants,—amusez-la, elle se donnera bien de garde de mourir.

De leur côté, les hommes, pour se venger, ont fait croire aux femmes que la beauté à leurs yeux consistait, non pas à avoir la taille souple, svelte, élégante,—mais à avoir la taille plus mince que les bras, plus mince qu’aucune des femmes de la connaissance de chacune d’elles.

Que la beauté consistait, non à avoir un pied—mince, étroit, dans des proportions convenables à la taille; mais plus petit qu’aucun pied que l’on connaisse;—de telle sorte que lorsque les femmes, en voyant de ces informes souliers chinois,—disent: «Mais c’est horrible!»—elles lancent cet anathème avec moins de conviction que d’envie.—Ainsi trompées, les femmes, de temps immémorial,—se serrent les pieds et le corps, et se condamnent à d’effroyables et perpétuelles tortures.—L’une, du temps de la question, s’appelait la torture des brodequins. Les hommes les plus robustes ne pouvaient la supporter plus de cinq minutes sans défaillir. L’autre ne ressemble qu’au supplice infligé aux gens que l’on rompait, et qui causait la mort immédiatement.—On a renoncé à toutes deux, même pour les assassins et les parricides.

Le tout pour se montrer toute leur vie faites de telle façon,—qu’une femme mourrait de chagrin et son amant de dépit, si le soir elle se trouvait faite précisément comme elle s’est donné tant de mal pour le paraître tout le jour.

LES FEMMES.—II. Il y avait autrefois un endroit qu’on appelait la maison. C’était l’empire de la femme.