—Savez-vous, dit M. Muller, que je commence à avoir faim?

—Eh bien! demandons un morceau à manger.

—Pas ici, on n’est pas bien; montons sur la butte, je sais un endroit.

Alfred M... et M. Muller gravissent ensemble la colline.—On s’arrête à mi-côte pour se rafraîchir.—On arrive à l’endroit que connaît le tailleur.—On prend du petit salé aux choux et on boit.—On prend une salade avec des œufs durs et on boit.—Vers la quatrième bouteille, le tailleur ouvre son âme à Alfred et lui raconte les chagrins que lui cause une femme acariâtre.—A la cinquième, Alfred sent le besoin d’épancher la sienne,—et lui parle de l’intrigue et de la cabale qui l’empêchent d’arriver.—Il cite tel et tel qui ont été à l’atelier de Gros avec lui, et qui ont réussi parce qu’ils ont fait des bassesses auprès de M. Coyeux.—Il prend du charbon, dessine un bonhomme sur le mur et s’écrie: «Voyez-vous tous ces beaux messieurs-là, il n’y en a pas un fichu pour camper une figure comme ça. Eh bien! ils ont de beaux habits et de riches appartements, et moi, je mourrai dans mon grenier.»

Le tailleur s’attendrit et lui dit: «Quand je viens vous demander de l’argent, ce n’est pas que je veuille vous tourmenter;—vous m’en donnerez quand vous en aurez.»

Ils sortent du cabaret, après avoir bu de l’eau-de-vie pour faciliter la digestion, et se promènent.

—Écoutez, dit le tailleur, je sais qu’il faut qu’un jeune homme soit bien mis;—je veux vous faire une redingote et un pantalon.

—Mais je ne sais quand je vous payerai.

—Vous ferez le portrait de ma femme et le portrait de son petit.

Et, comme on marchait toujours, le tailleur finit par lui prendre mesure d’un pantalon et d’une redingote dans les carrières.