L’ennui est l’ennemi de l’homme.—La guerre, le désespoir, la faim, la fièvre, ne tuent pas autant d’hommes d’esprit que l’ennui; et, pour comble de mal, il ne tue pas les sots.

DIXIÈME MÉDITATION.—Pendant un mois passé hors de chez moi,—un mois pendant lequel mon domestique et mes amis sont sûrs que je ne puis pas rentrer,—il est horrible de penser tout ce qu’on peut tramer contre moi.

Mes belles roses auront presque fini de fleurir;—celle que les jardiniers m’ont prié de baptiser, à laquelle j’ai donné le nom de C... S..., était près d’épanouir ses pétales d’un jaune si riche;—dans un mois il n’en restera plus rien;—il y a un an que je l’attends,—il faudra l’attendre encore un an. On aura fumé ce qui me reste de mon tabac du Levant.—On aura rendu mes pigeons savants,—ils sauront faire l’exercice et jouer aux dominos.—On aura pêché les poissons qui habitent le bassin du jardin.

Un mois sans courir au soleil—quand les prairies sont en fleurs;—un mois sans me laisser dériver entre les saules dans ma chaloupe;—un mois sans nager avec Gatayes.—L’été passe si vite, et il y a si peu d’étés dans la vie,—et il n’y a que ceux de la jeunesse qui comptent.

ONZIÈME MÉDITATION.—O sainte liberté!—c’est sur la mousse des bois,—sous les tentes vertes, formées par le feuillage des chênes, que tu as placé ton empire.

Il passait alors un cabriolet.—Cocher!—je monte;—au chemin de fer,—et je me suis enfui à Saint-Germain,—où je me suis installé.—J’irai quelquefois clandestinement voir mes roses,—odalisques gardées par les hideux eunuques de la police, dont j’aurai à tromper la surveillance.

J’ai quelquefois parlé légèrement des cousins;—j’en ai un ici qui me donne une excellente hospitalité; la forêt est magnifique; je monte à cheval.—J’ai un appétit terrible; je crains bien d’engraisser dans l’exil.

16.—Au commencement du ministère Thiers,—il y avait cent vingt conservateurs—qui, sous le nom de deux cent vingt et un, s’étaient juré fidélité.—On les a pris un à un, et les plus fougueux ont déjà cédé.—Les Chasseloup, Chegaray,—ont consenti à dîner chez le président du conseil.

Bientôt on verra le général Bugeaud appelé à un commandement supérieur. On compte beaucoup, pour rallier le plus grand nombre des derniers récalcitrants, sur une fournée de préfets que l’on médite; et, ce qui est bien plus rare et bien plus beau, sur une fournée de receveurs généraux.—Dans cette fournée, on saura intercaler certaines gens de la presse et de la tribune,—sans les faire paraître sur la liste des copartageants.—C’est une bien indirecte et bien certaine manière de rétablir les grandes subventions à la plus accréditée des feuilles quotidiennes.