17.—Il y a trois ou quatre ans,—l’hiver a tué presque tous les lis des jardins (ceux des Tuileries n’ont pas été plus heureux que les miens de la rue de la Tour-d’Auvergne).—Un journal légitimiste a prétendu qu’on avait répandu sur ceux du château une substance corrosive; ce que je ne crois pas, par cette raison que je viens de dire, que les miens sont morts comme les autres. Toujours est-il que je ne me suis pas aperçu qu’on les ait remplacés.—C’est un tort: le lis est une fleur splendide et magnifique, et sa proscription serait une petite et ridicule pensée.

Pauvres fleurs!—ce n’était pas assez de leur prêter parfois un ridicule langage; de les faire servir à exprimer les plus sottes idées du monde; de les lier à toutes les fadeurs des troubadours, des poëtes élégiaques et des fabulistes; on les a jetées dans les luttes politiques.—On se rappelle la rose rouge et la rose blanche d’York et de Lancastre.

Si le lis est proscrit aujourd’hui,—en 1815, les libéraux firent entrer une pauvre innocente fleur dans la politique et dans l’opposition avancée.—Les violettes, qui, jusque-là, avaient caché si soigneusement sous l’herbe leurs améthystes parfumées,—hantèrent les clubs et les estaminets, et résolurent,—égarées qu’elles étaient, de chasser un gouvernement imposé par les baïonnettes étrangères. La Restauration lança ses procureurs généraux, qui étaient des gaillards à en remontrer aux plus forts d’aujourd’hui, contre les pauvres violettes; elles furent déclarées suspectes et ennemies de l’État,—et mises sous la surveillance de la haute police; ordre fut donné aux agents de la force publique, et notamment à la gendarmerie royale, de saisir et d’appréhender au corps toute violette qui oserait se montrer dans les lieux publics,—et on vit la gendarmerie d’alors s’empresser, à la seule odeur de la violette, de cerner une maison et de faire une visite domiciliaire.—C’est à cette époque que le jardinier Tripet père crut devoir guillotiner les impériales de son jardin.

18.—Le prix de l’Académie, qui était l’éloge de madame de Sévigné, a été donné à madame... Tastu, je crois.—L’accessit à madame Laya.—La littérature tombe en quenouille, sous le ministère de ce cher M. Cousin;—les femmes de lettres, qui, en général, ne brillent,—j’en excepte une,—ni par l’élégance, ni par le bon goût, ont exigé de lui qu’il se lavât les mains;—il a cédé;—c’est ce qu’il appelle, selon le précepte d’un philosophe plus ancien et plus philosophe,—sacrifier aux grâces.

On se rappelle—l’horreur avec laquelle M. Cousin repoussa, sous le ministère de M. Villemain, ce qu’il appelait un titre vain,—c’est-à-dire sans produit.

Le disciple de Platon—entend la doctrine de son maître comme l’entendait une mère de danseuse, qui, se plaignant de l’amour de sa fille pour un homme pauvre, appelait cela «son ridicule amour platonique

Du reste, il est parfaitement constaté maintenant au ministère de l’instruction publique—que, pour avoir une pension d’homme de lettres, il faut être jolie femme.

La discussion s’est entamée à la Chambre sur la prolongation du privilége de la Banque de France. La Chambre a montré d’une manière évidente son ignorance, son indifférence, son insuffisance et tout ce que vous voudrez de plus monstrueux.—Beaucoup de membres étaient absents;—les autres ne se mêlaient pas de la question, qui fut discutée au milieu de tout entre M. Thiers et M. Garnier-Pagès.