«J’admire autant que qui que ce soit les paroles prononcées par le colonel Combes mourant; mais ceux qui ont été tués auraient pu en dire autant si la mort ne leur avait pas coupé la parole.»
On regretta que M. Doguereau n’eût pas ajouté que Combes, un quart d’heure avant sa mort, était encore en vie.
Cependant, on vote par assis et levé.
«Il est accordé, à titre de récompense nationale, une pension de trois mille francs à la veuve du colonel Combes, tué sur la brèche de Constantine.»
L’article fut adopté à une majorité de plus de soixante voix; les avocats avaient eu un peu de vergogne; ils n’avaient pu, sans rougir, voter contre la pension, mais, à une seconde épreuve, au scrutin secret, les avocats, plus libres,—firent rejeter la pension;—plus de soixante membres de la Chambre—qui s’étaient levés pour la pension,—votèrent contre au scrutin secret.
94.—J’ai reçu, de Montreuil, une lettre d’un monsieur fort indigné des paroles légères que je me suis permises sur son endroit;—la langue de Montreuil est trop différente de celle qu’on parle en France—pour que je puisse en citer des fragments.—J’ai reçu du poëte Antony Deschamps des vers qui m’ont fait le plus grand plaisir.—M. Viennet, dans une lettre écrite à divers journaux,—se plaint des Guêpes.—M. Viennet a tort;—j’ai mes torts,—je ne frappe pas sur ceux des autres; d’ailleurs, je n’ai jamais eu occasion de parler de M. Viennet qu’une fois—et c’était dans une circonstance où je devais le faire avec éloges.—Les élèves m’arrivent en foule pour les leçons de trompe.—J’ai rencontré un démonstrateur de figures de cire qui faisait voir—le notaire Peytel et son complice, M. de Balzac;—on n’a pas tardé à ordonner à ce brave homme de suspendre son exhibition;—il était fort irrité contre le brillant auteur de tant de beaux romans et disait: «C’est bien petit de la part de M. de Balzac de m’avoir fait défendre de montrer Peytel;—Peytel a été guillotiné,—j’ai le droit de le montrer;—M. de Balzac a tort,—je n’ai pas autant d’esprit que lui, mais je n’ai pas fait Vautrin.»
25.—Les anniversaires de la Révolution de juillet deviennent de plus en plus embarrassants;—le convoi des victimes—et la translation de leurs restes sous la colonne de la place de la Bastille—n’ont excité ni grande émotion ni grand enthousiasme.—Il y avait, dans cette cérémonie, un aspect profondément philosophique peu propre à irriter les passions de la foule.—Les rapports municipaux avaient constaté que, dans les tombes creusées à la hâte, au mois de juillet 1830,—on avait enfoui à la fois et les morts du peuple et ceux de l’armée,—et quelques-uns des gens qui étaient chez eux morts de peur ou de toute autre maladie non politique. Il était impossible de discerner les ossements,—et il a fallu mettre dans les mêmes cercueils et sous la même colonne—amis et ennemis,—ouvriers et soldats,—tous également victimes des passions et de l’avidité de gens qui se portent bien aujourd’hui;—tous tués pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs;—tous pêle-mêle—confondus dans la même mort,—dans le même silence,—dans le même néant,—dans la même tombe.
La musique faite par M. Berlioz pour la cérémonie funèbre a eu un grand succès.—La marche funèbre, d’une facture large et simple;—l’hymne d’adieu,—remplie de mélancolique mélodie. L’apothéose est surtout un magnifique morceau plein d’une verve entraînante—et d’un rhythme admirable.—Un officier de la garde nationale étant tombé de cheval,—les personnes qui étaient auprès de lui ont eu peur;—cette peur gagnant de proche en proche,—sans porter avec elle sa cause,—a occasionné un grand désordre de la Bastille à la Madeleine;—une partie de la garde nationale a été mise en déroute.