10—Il y a de singulières mœurs au théâtre; l’amour n’ose s’y montrer qu’en ayant le mariage pour but.—Qu’un jeune homme et une jeune fille s’aiment, se le disent, se laissent entraîner,—on criera à l’immoralité.—Il n’en est pas de même s’il s’agit d’inceste ou d’adultère,—la chose paraît toute simple et on n’y trouve pas le plus petit mot à redire;—voir Œdipe,—Phèdre,—Clytemnestre, etc.

Ces idées me sont suggérées par la reprise de la Neige, de M. Scribe. Dans cette pièce, le roi a surpris les amours de sa fille et du page Eginhard; s’il ne les mariait pas à la fin, la pièce serait réputée immorale.—Mais M. Scribe, qui connaît son public, a ajouté ceci à la légende:—à savoir que le père jette plaisamment dans l’esprit de sa fille et de son gendre l’idée qu’ils sont frère et sœur, et par conséquent incestueux. Personne n’a songé à trouver cela odieux et révoltant qu’un père salisse ainsi la pensée de sa fille.

11.—LES PRIX DE LA SORBONNE ET L’ÉDUCATION EN FRANCE.—Il y a, en France, beaucoup de bonnes gens qui croient que l’on change quelque chose;—voyez cependant,—ô bonnes gens,—les professeurs et les avocats que vous avez mis à la tête du pays,—n’ont-ils pas rempli les robes et les simarres de leurs prédécesseurs d’autant de morgue pour le moins qu’elles en ont jamais contenu?—Il faut le dire, en France, on n’est républicain que par amour pour l’aristocratie. L’égalité n’est pas un état auquel on veut arriver, mais par lequel on espère arriver à autre chose. Nous avons vu M. Cousin trôner à la Sorbonne pour la distribution des prix, précisément comme M. d’Hermopolis,—avec moins de bonne grâce seulement et de dignité.

Je ne vous parlerai pas du thème lu par M. Auguste Nisard,—ni des gens qui secouent la tête avec de petits mouvements d’approbation, pour se donner des airs de comprendre le discours latin: j’arrive tout de suite au discours de M. Cousin.

Le ministre de l’instruction publique—a commencé par émettre des idées de la force et de la nouveauté de celles-ci:—«Le collége est l’image anticipée de la vie. Les luttes dont vous sortez sont l’apprentissage de celles qui vous attendent, etc.;» puis, faisant un retour sur lui-même, il a développé cette pensée,—que le meilleur gouvernement possible est celui où M. Cousin est ministre de l’instruction publique;—il n’a même pas caché que la chose devait s’arrêter à ce point culminant,—que les laborieux enfantements du passé, les efforts, les luttes, avaient enfin obtenu un résultat assez satisfaisant pour que l’humanité fît, comme Dieu après le septième jour:—Et elle vit que tout était bien, et elle se reposa le septième jour.

«Il vous a été donné de voir la France libre et prospère, à l’ombre de cette admirable forme de gouvernement; cette monarchie constitutionnelle, rêvée jadis par quelques beaux génies, invoquée par les sages, annoncée par Montesquieu, conquise enfin par tant de souffrances et de glorieux travaux, et dernier terme de nos longues vicissitudes! Aimez donc le siècle, aimez le pays qui vous font ces avantages!»

Suivez encore ce bon M. Cousin: