«Et nous devons remercier la divine Providence d’avoir comme choisi notre âge pour y rendre plus que jamais manifeste la loi sublime qui, selon d’antiques paroles, attache par des nœuds d’airain et de diamant la peine à ce qui est mal, la récompense à ce qui est bien.»
Quelle touchante naïveté!—Il est possible qu’à d’autres époques les récompenses dues au mérite aient quelquefois été un peu détournées de leur but;—mais, pour cette fois, la Providence a choisi le moment où M. Cousin est ministre pour montrer la justice des récompenses.
Ceci n’est que ridicule,—passons. Mais voici qui est plus grave:—M. Cousin, après avoir fait cette découverte un peu hardie, que le collége est l’image de la vie,—ajoute que l’éducation universitaire conduit à tout. C’est un mensonge ridicule que les générations se lèguent les unes aux autres,—mais qui n’a jamais été si mensonge et si ridicule qu’aujourd’hui.
En effet,—quand l’éducation était un privilége, on ne mettait au collége que les jeunes gens destinés à l’église, au barreau, aux lettres et aux douces oisivetés du monde et de la fortune.
Les autres classes de la société se contentaient d’une éducation spéciale, appropriée à l’état qu’elles devaient avoir dans la vie.
Mais, aujourd’hui que tout le monde va au collége,—je ne sais rien d’aussi fou que cette éducation entièrement et exclusivement littéraire à laquelle on astreint la jeunesse pendant dix ans. Je dirai donc contre le système d’éducation actuel:
1º On n’y apprend pas ce qu’on est censé y apprendre;—prenons pour exemple une classe composée de soixante élèves. Il y en a tout au plus dix qui, en sortant du collége, savent passablement le latin et un peu moins bien le grec;—pour les autres, et la mémoire de chacun suffit pour démontrer que je n’exagère pas,—voici comment se passe le temps de leurs études:
1re année.—Sixième: On s’amuse pendant les classes—à attacher des bouts de papier à l’abdomen des mouches que l’on regarde ensuite voler—pendant les récréations. Sous le nom de pensums, on copie cent fois, deux cents fois, trois cent fois le Récit de Théramène,—pour les maîtres sévères,—et la Cigale ayant chanté tout l’été, dont les vers sont si courts, pour les maîtres plus indulgents.
Cinquième.—Des bonshommes, attachés par un fil à des boulettes de papier mâché, sont collés au plafond de la classe;—au printemps, on lâche des hannetons.—On copie toujours le Récit de Théramène et la Cigale et la Fourmi.
Quatrième.—On commence à filer régulièrement,—c’est-à-dire—à aller se promener dans les passages ou à la glacière, l’hiver;—l’été à Montmartre ou à l’école de natation, pendant les heures des classes. On continue à copier le Récit de Théramène et la Cigale et la Fourmi, pendant les récréations.