Troisième.—On ne veut plus porter de casquette, on a un chapeau et des bottes, et on cache les livres dans son chapeau et dans ses poches.—On lit la Pucelle de Voltaire et les Épîtres de Parny;—toujours le Récit de Théramène et la Cigale et la Fourmi.
Seconde.—On joue au billard,—on va au café,—on lit des romans et les journaux;—on écrit aux filles de boutique du voisinage, pendant les classes.—On met des éperons à ses bottes, le dimanche ou quand on file.—Le Récit de Théramène et la Cigale et la Fourmi.
Rhétorique.—Suite de la seconde.—Le Récit de Théramène et la Cigale et la Fourmi.
Six ans à copier le récit de Théramène et la Cigale et la Fourmi! c’est beaucoup; et, je le répète, ne croyez pas que j’exagère rien.—Et une preuve qu’aucun professeur ne niera,—c’est que, si on prend le dernier élève de la classe de rhétorique, il ne sera pas le premier de la classe de sixième.—Démentez-moi, monsieur Nisard, si ce que je vous dis là n’est pas vrai.—Et regardez autour de vous, dans la société, combien y a-t-il d’hommes qui sachent bien le latin?
2º Après avoir démontré qu’on n’apprend pas au collége ce qu’on est censé y apprendre,—j’ajouterai que, l’eût-on appris,—ce serait, pour quarante sur soixante, une éducation nuisible, ou au moins inutile.
Les professions libérales devraient être réservées aux intelligences de quelque supériorité qui peuvent les faire marcher en avant, et non livrées à la foule qui les encombre et les obstrue. Ce n’est pas ainsi que l’on fait;—mais néanmoins,—sur soixante jeunes gens,—en prenant par portions égales pour toutes professions industrielles, pour les sciences, pour les arts, etc.,—il ne doit y avoir sur les soixante qu’un écrivain tout au plus,—un peintre,—un médecin,—un avocat,—un professeur. En effet, ce n’est, pour l’écrivain, quand ils seront dans la société, que cinquante-neuf lecteurs;—pour le médecin et l’avocat, que cinquante-neuf clients qui n’ont pas toujours des maladies ou des procès, etc.
Eh bien! toute l’éducation est faite au point de vue de l’écrivain. Les cinquante-neuf autres lui sont sacrifiés à des degrés différents:—l’avocat moins que le médecin,—le médecin moins que le peintre,—le peintre moins que le ferblantier.
Je ne prétends pas pour cela que l’éducation de l’écrivain soit bien complète;—car il n’y apprendra que le latin et le grec,—et sortira du collége très-ignorant de la littérature française.
En sortant du collége, à l’exception de l’écrivain,—jusqu’à un certain point,—tous les autres ont à faire leur éducation réelle.
Ainsi,—le résumé de l’instruction de collége est que, pour dix sur soixante,—elle est utile, mais incomplète;