Que les cinquante autres sont censés y apprendre des choses qu’ils n’apprennent pas, et qui ne leur serviraient à rien s’ils les apprenaient.

Et si je répète ici les paroles de M. Cousin:

«Si parmi vous il est un jeune homme qui se soit élevé peu à peu au-dessus de ses condisciples par la seule puissance du travail, n’ayant d’autre appui que sa bonne conscience, d’autre fortune que les couronnes qu’il va recevoir, que ce jeune homme ne perde point courage à l’entrée des voies diverses de la vie.»

C’est pour en tirer des conclusions contraires à celles qu’en tire le ministre de l’instruction publique,—et je dirai à ce jeune homme: Qu’il ne perde pas courage, car il en aura besoin. Non,—en ce temps-ci on n’arrive pas à tout par la seule puissance du travail et de la bonne conscience;—pourquoi tromper ces jeunes gens que vous laissez aller? vous le savez mieux que personne,—monsieur Cousin,—tout ce qu’il faut d’intrigues,—d’alliances contre sa conscience, de concessions contre ses principes,—d’humilité avec les uns, et de boursouflure avec les autres;—vous pourriez leur dire qu’il faut baiser la botte de l’empereur de Russie en 1815,—et cirer les souliers de M. Thiers en 1840;—pourquoi les tromper,—monsieur Cousin?

Et je sais un homme qui, lui, n’arrivera à rien, parce qu’il n’a rien fait et ne fera rien de tout cela,—parce qu’il s’est fait une fortune de sa modération et de son dédain;—un homme auquel on avait dit aussi,—dans vos colléges,—quand vous étiez professeur,—monsieur Cousin: «Travaillez, cela mène à tout.» Il a travaillé, vous trouveriez son nom dans les annales des concours généraux; il était un des élèves les plus forts de l’université,—et un jour on l’a lâché,—comme vous en avez lâché un grand nombre hier,—et on lui a dit,—comme vous avez dit hier: «Allez et ne craignez rien.»

Il y a encore, au haut de la rue Rochechouart, une maison où était une pension.—Il fut bien heureux d’entrer là pour sa nourriture,—et quelle nourriture! et d’y travailler dix-huit heures par jour, chez un homme qui lui donnait pour logement un chenil sans vitres l’hiver,—et le forçait de boire du vin blanc le matin,—lui qui avait le vin en horreur.—Il dut se trouver heureux de supporter les caprices de cet homme, qui, tous les dimanches, après un dîner meilleur, voulait absolument l’emmener prendre la Belgique, et finissait par se mettre tout seul en route, jusqu’au prochain corps de garde, d’où on le ramenait chez lui.

—Les élèves ont demandé la Marseillaise, et applaudi vivement M. Hugo, qui venait voir couronner un de ses charmants enfants.—M. Thiers, pour avoir l’air de laisser quelque chose à la majesté royale, n’en a pas pris la politesse, qui consiste dans l’exactitude;—il est arrivé que le discours était commencé. C’était le seul moyen, pour le petit homme, de n’être pas inaperçu. A l’entrée de M. Cousin, l’orchestre, je ne sais pourquoi,—a joué une marche funèbre;—il est vrai que, dans son discours, il devait proclamer une liberté d’enseignement qui, si elle était accordée de bonne foi, ne tarderait pas à tuer et à enterrer l’université.—Monseigneur Affre, archevêque de Paris, coiffé à la Louis XIII, a l’air d’un jeune homme de trente ans.

12.—Des voleurs ont tenté un vol avec effraction à la caisse de ces bons messieurs Roosman et Gerain, au ministère des fonds secrets;—ils n’ont rien trouvé.—Je n’écrirai pas ici ce qu’ils ont écrit à la craie sur les murs, en l’honneur des dévouements et des désintéressements qui les avaient prévenus.