C’est assez, je pense, pour la méchanceté et la vanité humaine, de lui laisser deux cas de guerre,—à savoir:—quand le territoire est menacé ou quand l’orgueil est froissé par une réelle insulte.

Et, pour revenir de la philosophie à l’application,—nous ne sommes dans aucun de ces deux cas.—La France n’a d’autre ennemi que M. Thiers, elle n’est menacée dans sa fortune que par M. Thiers,—qui, pour cacher son outrecuidance, dépense des millions,—va dépenser des hommes,—et nous jette dans une guerre inutile et dangereuse.

La France n’est insultée que par M. Thiers, qui l’a audacieusement mystifiée;—M. Thiers, entré aux affaires par le trouble,—n’a donné lui-même pour raison de son élévation que l’alliance anglaise et le besoin d’un ministère plus parlementaire;—et voici qu’il nous met en guerre avec l’Angleterre,—et, se déclarant dictateur, se demande à lui-même et se vote avec empressement des sommes énormes,—refusant d’assembler les Chambres et de leur soumettre aucune des questions dont dépend en ce moment peut-être le sort de la France.

Un monsieur anonyme m’écrit que je suis une oie,—un autre que j’ai les pattes graissées par M. Thiers;—un troisième traduit Am Rauchen par à M. Rauchen, et voudrait savoir ce que c’est que ce M. Rochin.

17.—Tout porte à croire que j’irai finir ce volume en prison. L’état-major de la garde nationale m’a enfermé, en attendant mieux, dans le dilemme bouffon que voici:

M. Desmortiers, qui continue à ne me juger digne d’aucune indulgence, a pris la peine d’écrire lui-même au maréchal Gérard pour demander instamment mon incarcération: ce cher M. Desmortiers ne peut plus vivre comme cela, il faut que la société soit vengée.

M. Jacqueminot, pour le maréchal, accorde l’incarcération et me fait arrêter.

J’exhibe alors une promesse du maréchal de me remettre les peines que j’ai encourues, si je présente une demande signée des officiers de ma compagnie.