Certes, à l’Opéra, toutes ces femmes charmantes qui remplissent les loges et qui savent bien qu’elles sont plus belles, plus distinguées que ces acrobates,—doivent se demander souvent: «Qu’ont-elles de plus que nous?»
Ces mêmes femmes et d’autres encore,—en anges timides du foyer,—voyant tant d’éloges, tant d’admiration pour l’esprit de madame Lafarge,—ont dû se dire: «Mais il y a mille femmes qui ont cet esprit et qui en ont davantage,—qu’a-telle de plus que nous?»
Faut-il donc être danseuse—ou accusée d’empoisonnement pour attirer l’attention,—pour être admirée,—pour être aimée?—Ne reste-t-il donc aucune récompense pour les vertus cachées qui parfument la vie intérieure?—Faut-il donc mieux remplir le monde de bruit et de scandale,—que remplir la maison—de paix, de joie et d’amour.
20.—Les forts détachés, qui ont fait pousser tant de clameurs lorsqu’il fut, il y a quelques années, question de les élever,—n’éprouvent pas aujourd’hui la moindre objection—par l’adresse qu’a eue M. Thiers d’accaparer presque tous les journaux.
A ce propos,—voici un exemple qui vient à l’appui de ce que je vous ai déjà dit sur le temps qu’il faut au public pour changer une opinion faite, pour qu’il découvre que son journal s’est donné au ministère. Ici, dans cette prison où j’écris,—mon geôlier me disait, il y a une heure, en parlant du Siècle et du Courrier Français qu’il prête aux détenus: «Je ne les prends qu’au jour le jour, parce qu’on peut un de ces jours me défendre d’avoir dans une maison du gouvernement des journaux comme ça.»
A ceux qui, à propos des fortifications de Paris, disent: «Mais ce sont les forts détachés?» on répond: «Oui, mais avec une muraille d’enceinte.»
Et à ce sujet on abuse de Napoléon.—Les uns disent: «Napoléon voulait qu’on fortifiât Paris;» les autres:—«Napoléon s’est toujours montré contraire aux fortifications de Paris.»
Je ne sais pas un sujet pour lequel on ne mette un peu Napoléon en avant.—Il y avait l’autre jour dans un journal,—Napoléon disait: «L’ouvrier est la force de la France.»
Quelle que soit l’opinion qu’on ait sur ces fortifications, je comprendrais qu’on les décidât sans les Chambres,—si cela pouvait se faire en trois mois,—parce qu’alors un mois de perdu est fort grave.—Mais les quelques jours dont on retarderait le commencement d’un travail de six ou sept ans—ne sont pas une excuse suffisante pour agir sans les Chambres, auxquelles on laissera à décider sur les pétitions de Louis XVII qui se pourraient présenter.