M. Arago dîne à Perpignan.

ÉPILOGUE. Pour cette fois, mes Guêpes, envolez-vous à travers les barreaux de ma prison.

En terminant mon douzième volume, je répète avec confiance ce que j’ai dit en commençant le premier: «Ces petits livres contiennent l’expression franche et inexorable de ma pensée sur les hommes et sur les choses en dehors de toute idée d’ambition, de toute influence de parti.»

Mon indépendance n’est pas une de ces vertus chagrines et envieuses—qui, dans leur haine contre le vice, ont toujours l’air de crier au voleur.

Ce n’est pas même une vertu, c’est une condition de mon tempérament. A une époque de ma vie, je me suis senti ambitieux parce qu’il y avait un front pour lequel je voulais des couronnes,—de petits pieds sous lesquels je voulais étendre les tapis les plus précieux,—une existence que je voulais entourer de toutes les joies, de tous les orgueils, de tous les luxes de la terre.

Mais un jour mon rêve s’est évanoui, et je suis resté seul: cependant je me sentais fort et courageux;—j’ai cherché quelle route je devais suivre et où je voulais arriver, et alors j’ai vu les routes de la vie, embarrassées de ronces et d’épines,—conduisant péniblement à des buts que je ne désirais pas.

J’ai vu des luttes acharnées de toute la vie pour s’arracher des choses dont je n’avais pas besoin.

J’ai vu dans ces luttes certaines choses, qui avaient quelque grandeur et quelque prestige—entre les mains avides qui les tiraillaient,—tomber dans la boue et dans le sang, brisées en éclats—comme une glace de Venise dont on fait, en la cassant, des miroirs à deux sous.