Décembre 1839.
L’auteur à ses guêpes.—M. de Cormenin.—M. Duchâtel et ses chevaux.—Les fous du peuple.—M. Cauchois-Lemaire.—Une phrase de Me Berryer.—Le roi de France doit-il payer les dettes du duc d’Orléans?—Quatrain.—M. Chambolle.—M. Garnier-Pagès.—Les pharaons et les crocodiles.—M. Persil.—M. Etienne.—M. Viennet.—M. Rossi, citoyen du monde.—M. Etienne fils.—M. Persil fils.—Les hommes de lettres du château.—M. Cuvillier-Fleury.—M. Delatour.—M. Vatout.—M. Pépin.—M. Baudoin.—Histoire de Bleu-de-Ciel et de M. Baudoin.—Les journalistes vendus.—Dîner chez Plougoulm.—Les philanthropes.—Madame de Dino.—M. Casimir Delavigne.—La nichée des Delavigne et la couvée des de Wailly.—L’Académie.—M. de Balzac.—Un soufflet.—Un mari et le télégraphe.—Un distique.—Me Dupin et ses discours obscènes.—La comédie de madame de Girardin.—M. Cavé.—Madame Sand.—M. de Waleski.—Les hommes vertueux.—La tribune.—Un jour néfaste.—MM. Léon Pillet, L. Faucher, Taschereau, Véron, Émile Deschamps.—Règne de M. Thiers.—M. Dosne.—Madame Dosne.—Madame Thiers.—La symphonie de M. Berlioz.—Épilogue.
L’AUTEUR.—A moi mes guêpes, à moi mon rapide escadron! A moi mes guêpes, à moi! sonnez la charge en bourdonnant.
Vous avez fait voir le dernier mois combien vous êtes dociles et bien dressées; vous avez défilé en ordre de bataille sous les yeux de la foule; vous avez fait reluire au soleil vos cuirasses de topaze; mais vous n’avez que montré vos aiguillons encore vierges. Allons mes guêpes, en avant!
Déjà, votre bourdonnement fait tinter les oreilles de bien des gens; déjà quelques journaux de province, qui se font faire à Paris, sous prétexte de décentralisation, vous ont adressé de timides injures, signées de ces vagues et prudentes initiales qui ne sont le commencement d’aucun nom.
Déjà les amis de votre maître se sont armés contre lui d’une hypocrite bienveillance, et sont allés disant: «Ce pauvre Alphonse, c’est bien dommage! Il ne continuera pas l’ouvrage commencé; quand le printemps exhalera le parfum du jeune feuillage; quand les ajoncs en fleurs couvriront d’un drap d’or les côtes de la Normandie qu’il aime tant; quand les plaines de la Bretagne seront toutes roses de bruyères, il disparaîtra avec son fusil de chasse, et ses guêpes resteront errantes et vagabondes à se rouler dans les fleurs blanches des cerisiers de son jardin.»
Hélas! mes bons amis, pardonnez-moi si je dissipe cette agréable inquiétude, si je vous console de ce chagrin que vous n’avez pas. Mes guêpes me suivront partout, et de partout elles reviendront à Paris; à Paris, ce grand bazar où l’on vient de tous les points vendre et acheter, où l’on vend, où l’on achète tout, même les choses qui ne devraient ni s’acheter ni se vendre. A Paris, ce gouffre où chaque jour entrent pêle-mêle, par toutes ses issues, par toutes ses barrières, du lait, des bestiaux, des légumes et des poëtes, qu’il dévore en un instant. Chaque mois, mes guêpes reviendront à Paris avec le vent qui vous apportera, de la Provence, l’odeur des premiers orangers, avec le vent d’ouest, qui vous amènera de l’Océan les nuages noirs pleins d’éclairs et de tonnerres. Elles pénétreront dans le château et dans les riches salons, dans les tavernes et dans les mansardes obscurcies par la fumée du tabac, et elles piqueront les peaux les plus dures, les cuirs les plus coriaces, et elles reviendront à moi, comme des faucons bien dressés sur le poing du chasseur.
Beaucoup ont critiqué le format de mes petits livres. Je réponds que je ne les écris pas pour qu’ils soient enfermés cérémonieusement dans une bibliothèque; je veux qu’on les mette dans sa poche, que l’employé les porte à son bureau, le député à la Chambre, le juge au Palais, l’étudiant au cours; et je tiens à dissimuler le plus possible tout ce qu’ils ont de sérieux; je serai trop heureux de me faire pardonner d’amuser les gens; je ne veux pas qu’on s’aperçoive que je les fais aussi penser.
(GU) Ceux qui ont déclaré le peuple souverain ont entouré sa nouvelle majesté de tous les attributs des anciennes royautés détruites. Ils ont pris soin surtout de rétablir une charge importante, depuis longtemps déjà tombée en désuétude, ils se sont rappelé Triboulet et l’Angeli; et, pour que le peuple souverain n’eût rien à envier aux rois qui l’ont précédé, ils se sont faits eux-mêmes les fous du peuple.