Il y a de par le monde un homme d’esprit et de sens qui s’est fait créer vicomte par la Restauration. Cet homme n’était pas d’une noblesse assez ancienne ni assez illustre pour prendre rang parmi les nobles; il n’était que bien juste assez vicomte pour faire croire aux gens du parti populaire qu’il leur sacrifiait quelque chose. Semblable à ce philosophe ancien, qui mettait à part les taureaux maigres en disant: «C’est assez bon pour les dieux.»
M. de Cormenin s’était jusqu’ici distingué par le style, le sens et l’esprit de ses ouvrages. Il paraît qu’on a exigé de lui qu’il déposât sur l’autel de la patrie, avec son titre de vicomte, le style, l’esprit et le bon sens qu’il avait.
Il ne faut que quelques grelots au bonnet de la liberté pour en faire le bonnet de la folie.
Voici ce qu’a écrit M. le vicomte de Cormenin dans l’Almanach populaire pour 1840:
«Le budget est un livre qui pétrit les larmes et les sueurs du peuple pour en tirer de l’or.»
Cette phrase a le malheur de ressembler beaucoup à une phrase célèbre de M. Berryer, qui se présente en ce moment comme candidat à l’Académie. «C’est proscrire les véritables bases du lien social.»
Ou à ce langage grotesquement figuré, qui fit pendant longtemps la fortune de l’ancien Constitutionnel: «L’égide de la raison peut seule retenir le char de l’État, ballotté par une mer orageuse.»
M. de Cormenin croit peut-être devoir faire à l’égard du peuple, pour se faire mieux comprendre de lui, ce que font les nourrices pour les enfants, quand, imitant leur langage et leur bégayement, elles leur disent: «Si Popol est saze, il aula du tateau.»