Il savait que jadis la dure pauvreté
Avait marqué sur lui ses pratiques austères;
Il savait qu’avant lui tels existaient ses pères;
Il n’a rien raconté.

Lui,—c’est moi;—il, c’est M. E. Bouchereau.

Il savait tout cela; mais devant le malheur
Il se tut, et songeant qu’un roman, dans sa vie,
Amènerait l’aisance, il devint son Messie
Et ne fut pas censeur.

Excellent M. Bouchereau! il m’a permis de faire un roman.—Il paraît même qu’il a à se reprocher d’en avoir dit du bien;—Dieu vous le rende, monsieur E. Bouchereau!

Mais aujourd’hui l’aisance a chassé le besoin.

Aujourd’hui que je suis vendu à tout le monde, au roi,—à M. Thiers,—à M. Bert...;—aujourd’hui l’indulgence de M. E. Bouchereau est à bout,—et il me fait connaître.—Aussi, c’est ma faute: pourquoi ne me suis-je pas contenté d’avoir fait un roman?—j’avais bien besoin d’en faire d’autres;—et puis ces maudits petits livres!

En parcourant ces vers, bien haut Karr va crier:
L’auteur est un méchant, sa brochure est inique.

Ah! cette fois, monsieur E. Bouchereau,—vous qui me connaissez si bien, vous à qui je ne peux rien cacher,—perspicace monsieur E. Bouchereau,—cette fois vous vous trompez,—je ne dis pas un mot de cela;—je vous trouve beaucoup plus bête que méchant,—et votre brochure me paraît assez drôle.

Cependant, mon bon monsieur Bouchereau,—comme à la rigueur on peut être un imbécile et ne pas être un lâche,—je vous prierai, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, de me faire parvenir l’adresse de vos oreilles.

Il y a de bonnes gens qui crient à tue-tête: «Moi, je ne me vendrais pas à l’or du pouvoir!»—des gens qui,—aussitôt qu’on ne partage pas les idées saugrenues qu’ils prennent je ne sais où,—vous déclarent corrompu et vendu.