Je me suis levé de bonne heure. Le soleil se levait dans de tièdes vapeurs; ses rayons obliques scintillaient à travers les haies comme des paillettes d’or, et il semblait que le soleil me disait: «Je te salue, Alphonse; c’est pour toi que je purifie l’air que tu vas respirer; c’est pour toi, ce matin, que je couvre de pierreries les pointes vertes de l’herbe; je te salue, tu aimes, tu es le roi du monde.»
Une fauvette à tête noire sur un châtaignier chanta et dit: «Je te salue, Alphonse; c’est pour toi, aujourd’hui, que sont nos concerts; c’est une grande fête que le premier sentiment d’amour qui se glisse au cœur; je te salue, tu aimes, tu es le roi du monde.»
Une campanule dans l’herbe: «Je te salue, Alphonse; c’est pour toi que j’ouvre, ce matin, mes corolles de saphir, c’est pour réjouir tes yeux que les pâquerettes étoilent la prairie de leur petit disque d’or et de leurs rayons d’argent. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
La clématite: «Je te salue, Alphonse; c’est pour toi que j’embaume l’air de mes parfums pénétrants, c’est vers toi que je tourne mes petits encensoirs d’argent. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
Le châtaignier: «Je te salue, Alphonse; j’étends sur toi mes larges éventails verts; il y a cent ans qu’on m’a planté, cent ans que je résiste aux vents pour t’abriter aujourd’hui contre les âpres baisers du soleil. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
Le vent dans les feuilles: «Je te salue, Alphonse; c’est pour toi aujourd’hui que seront mes plus suaves et plus mystérieuses harmonies, pour toi qui seul les comprendras. Pour les autres, je ferai crier aigrement une girouette, mais, pour toi, je te dirai les plus doux secrets de l’amour, et j’enlèverai la poussière du chemin par où tu dois aller la voir, je t’apporterai l’air qu’elle chante en pensant à toi. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
On demande l’adresse des oreilles de M. E. Bouchereau.