Ne voyez-vous donc pas encore, mes bonnes gens, que ceci n’est qu’une partie d’échecs que jouent ces messieurs;—que chacune des phrases qu’ils jettent de la tribune n’est qu’un pion qu’ils avancent;—qu’une phrase plus ronflante est un cavalier ou une tour;—que ces phrases-là sont toutes faites, comme les pièces de l’échiquier sont toutes tournées,—et que les phrases, comme les pions, se serrent et se prennent dans une boîte?—M. Thiers, aujourd’hui, a les noirs,—M. Guizot a les blancs.
Que demain M. Thiers revienne aux affaires en renversant M. Guizot,—vous verrez M. Guizot prendre à son tour les noirs et jouer la partie que joue aujourd’hui M. Thiers, lequel prendra les blancs et jouera la partie de M. Guizot.
Ne voyez-vous pas encore que, quel que soit le gagnant, c’est vous qui payez,—et que toutes ces parties se jouent—comme Gatayes jouait tantôt avec mon frère dans mon jardin?—c’était une partie de boules dont l’enjeu était un verre de mon rhum contre un verre de mon kirsch.
Mais il vous plaît de vous intéresser à cela.—Vous me semblez des gens qui se croiraient purgés si on leur disait de belles choses sur l’émétique.
Pour faire de grandes phrases ou du pathos,—M. Thiers, qui n’est plus aux affaires, a un grand avantage sur M. Guizot, qui est forcé d’appliquer les théories qu’il émet.—M. Thiers, qui voudrait absolument tomber à la tête de quelque chose, se livre à la gauche de telle façon, que M. Lherbette, qui siége dans cette partie de la Chambre, a dit: «Sous le ministère du 12 mai,—M. Thiers a fait un discours qu’on a appelé discours-ministre;—voilà, cette fois, un discours-dictateur.»
Pour moi, quand je lis, le soir ou le matin, dans les grands journaux, ces grands discours,—ces phrases empoulées,—verba sesquipedalia,—entremêlées de parenthèses (Mouvement.)
(Impression profonde.)
(Marques d’assentiment.)
(Bravo!)