Le ministère du Ier mars avait cet avantage sur S. M. Louis-Philippe, que tous les soirs deux étoiles s’allumaient pour lui. Ces deux étoiles étaient deux lanternes qui servaient d’enseigne aux deux journaux du soir, le Messager et le Moniteur parisien.—Ces journaux, tous deux honorés des communications officielles,—disaient absolument la même chose; aussi, tandis qu’on se demandait: «A quoi servent donc au ministère deux journaux du soir?» chacun des deux journaux se demandait à quoi servait l’autre.—Le ministère Soult-Guizot a pris le parti de supprimer à l’un des deux et son appui et ses communications et surtout sa subvention. On a longtemps hésité entre M. Brindeau et M. Beaudoin,—rédacteurs en chef de ces deux feuilles sans rédaction.—M. Brindeau, il est vrai, a pris dans le fameux procès Gisquet une position d’homme vertueux qui rend son concours d’un excellent effet pour un gouvernement;—mais M. Beaudoin a retrouvé en 1830—des drapeaux tricolores qu’il avait cachés dans sa cave. M. Brindeau est plus homme du monde,—M. Beaudoin est plus homme d’affaires.—M. Beaudoin a la croix d’honneur, M. Brindeau porte des transparents rouges.
Après de longues délibérations, on a soufflé la lanterne de M. Beaudoin.
On lit dans le journal l’Abbevillois:
«L’observation faite par l’auteur des Guêpes, que le plus sûr moyen d’empêcher la fraude dans la vente du pain était d’en taxer les diverses qualités au kilogramme, a porté ses fruits: M. le préfet de police de Paris vient de prendre un arrêté qui prescrit la taxe et la vente du pain au poids.»
Mais voici qu’aujourd’hui on me fait remarquer que, depuis cette ordonnance,—les boulangers vendent du pain qui n’est pas cuit.
On assure que sous beaucoup de rapports le roi est très-ignorant de ce qui se passe,—et qu’on lui fait croire de singulières choses,—entre autres, que les écrits de M. de Cormenin sur la liste civile ont excité contre le vicomte de lettres une telle indignation, que le peuple lui jette des pierres dans la rue.
Quelques jours après l’attentat de Darmès, comme on prononçait devant le roi le nom de M. de Cormenin: