Un domestique parut.
—Qui a jeté de la bougie sur ce fauteuil? demande le ministre. Il faut enlever la tache de suite.
Le domestique se mit en devoir d’obéir, et ce n’est que lorsqu’il eut exécuté l’ordre que M. Duchatel revint à sa conversation.
M. de Cormenin ajoute que le budget est encore «un livre qui paillette les habits des ambassadeurs.»
Cette fois, voilà qui mérite d’être examiné sérieusement: comment! on fait représenter les Français à l’étranger par des messieurs couverts d’habits pailletés! Eh bien! cela doit être joli et ne peut manquer de donner une bonne opinion de la nation. Il est vrai que l’on est quelquefois représenté à la Chambre par d’autres messieurs étrangement vêtus. Mais cela se passe en famille, tandis qu’à l’étranger, cela cesse d’être drôle, à moins cependant que les ambassadeurs n’aient pas plus d’habits pailletés que les ministres n’ont de manteaux chamarrés d’or et de soie.
Avec des prémisses de cette force, M. de Cormenin devait arriver à des résultats d’une haute bouffonnerie. Il n’y a pas manqué. Il dit au peuple que le budget ne doit pas exister, que c’est un abus, un préjugé.
Ne serait-il pas, ô monsieur de Cormenin! plus vrai, plus raisonnable et plus honnête à la fois de dire au peuple que les impôts, sous beaucoup de rapports, sont mal perçus et mal dépensés; qu’il faudrait d’abord s’occuper de la répartition, c’est-à-dire dégrever les choses de première nécessité, et imposer davantage le luxe; mais qu’ensuite, dans un pays riche comme la France, les bons esprits, les esprits justes, réellement désireux de la prospérité publique et du bien-être général, doivent demander, non pas combien on dépense d’argent, mais comment on le dépense?