Pas de budget, monsieur de Cormenin! c’est-à-dire pas d’impôts, c’est-à-dire pas d’administration, pas d’armée, pas de travaux, pas de pavés, pas de lanternes, pas de réparations aux anciens édifices, pas d’hôpitaux, pas de lois, pas de magistrats, pas de propriété, pas de sécurité dans les rues ni dans les maisons, aucune répression pour le crime, aucun asile pour la faiblesse. C’est donc là ce que vous voulez, monsieur Cormenin? Je vous en fais mon sincère compliment. Pas d’impôts, c’est une idée remarquable, et que l’on n’avait pas encore émise aussi clairement. Qu’est-ce que l’on reprochait donc à l’opposition, de n’avoir pas de doctrine et de n’avoir rien à mettre à la place de ce qu’elle s’efforce de renverser? pas d’impôts!
Il est triste de voir un homme d’autant de sens et d’esprit que M. de Cormenin devenir ainsi de la force de M. Cauchois-Lemaire.
Ce pauvre Cauchois-Lemaire écrit, il faut le dire, d’une façon merveilleusement biscornue. Mais il est honteux cependant qu’on ne lui ait pas fait une position honorable. M. Cauchois-Lemaire s’est sacrifié maladroitement, sous la Restauration, aux intérêts de la famille d’Orléans, qui n’était pas encore une dynastie.
Un duc d’Orléans devenu roi, à une autre époque, sous le nom de Louis XII, répondit à des courtisans qui lui rappelaient certaines malveillances dont il avait eu à se plaindre avant de monter sur le trône: «Le roi de France ne venge pas les injures du duc d’Orléans.»
On doit blâmer les courtisans de S. M. Louis-Philippe, qui lui donneront dans l’histoire l’air d’avoir parodié ce mot célèbre, et d’avoir pensé que «le roi de France ne devait pas payer les dettes du duc d’Orléans.»
On commence à épousseter les banquettes de la Chambre des députés et à reclouer le tapis. Il y a quelques jours, on a trouvé sur le piédestal du Laocoon de bronze qui décore la salle des Pas-Perdus du Palais-Bourbon ces quatre vers écrits à la craie:
Chacun, dans ce héros troyen
Qui vainement roidit ses membres,
Reconnaît le roi-citoyen,
Et, dans les serpents, les deux Chambres.