Les portiers amis du pouvoir ont balayé conformément aux ordonnances de M. Delessert.
M. Delessert, impatienté des réclamations de ses administrés, a imaginé ce qui suit pour les satisfaire en apparence et pour s’en venger en même temps:
Sur la fin de la gelée, il place dans quelques rues, près des trottoirs, quelques comparses armés de pioches, qui vous font jaillir des fragments de glace au visage et en couvrent vos vêtements.
Au dégel, il divise ses sept cent cinquante tombereaux en cinq ou six brigades, qui, au nombre de cent, sont chargées d’encombrer une rue, de l’obstruer, d’accrocher les voitures et de rendre le passage impossible.
Alors le bourgeois se dit: «J’accusais à tort ce bon M. Delessert.—Qu’est-ce que je disais donc? qu’on n’enlevait pas la neige?—Les rues sont pleines de tombereaux.»
Puis le dégel arrive tout à fait, et les piétons finissent par enlever peu à peu la boue après leurs pantalons, et Paris est nettoyé—par ses habitants eux-mêmes, sans qu’ils s’en doutent.
Il est vrai de dire que, pour faire exécuter ses ordonnances, M. Delessert aurait beaucoup plus à faire qu’un magistrat anglais;—mais, quelques difficultés qu’il y rencontre, il doit les surmonter.
En Angleterre, pays constitutionnel comme la France, où tout le monde contribue à la fabrication des lois,—comme électeur ou comme membre d’une des deux Chambres,—chacun respecte les lois et en protége l’exécution.—Un policeman qui inviterait un citoyen à se conformer à une ordonnance de police, et qui rencontrerait de la rébellion, trouverait immédiatement l’appui de tous les passants.