Le roi craint une invasion.
Le parti radical craint une invasion.
Le parti de M. Thiers craint une invasion.
Certains hommes de finance craignent une invasion.
Les légitimistes eux-mêmes craignent une invasion.
Or, en réalité, aucun d’eux ne s’en soucie le moins du monde.
Le roi tient, à un degré incroyable, à ses forts;—il sait l’influence des synonymes.—On peut en France ne jamais changer les choses, pourvu qu’on change les noms.—L’odieuse conscription ne fait plus murmurer personne depuis qu’elle s’appelle recrutement.—La gendarmerie, si détestée, a le plus grand succès sous le nom de garde municipale.—Louis-Philippe, lui-même, n’est qu’un synonyme,—ou plutôt un changement de nom.—Les forts détachés ont fait pousser à la France entière un cri d’indignation;—l’enceinte continue est fort approuvée. Si ce synonyme-là n’avait pas réussi, le roi en avait encore vingt en portefeuille, qu’il aurait essayés successivement;—on peut gouverner la France avec des synonymes.
Maintenant je dirai que je ne crois pas que le roi attache de grandes idées de tyrannie à ses fortifications,—qu’il y attache bien plutôt des idées de bâtisse.
Les partis opposés au gouvernement demandent les fortifications.—Comme Napoléon disait à un de ses généraux qui se plaignait de manquer de canons: «L’ennemi en a, il faut les lui prendre.»
Les partis savent très-bien que Paris sera toujours le quartier général de la révolution,—et qu’en cas d’événement il faut être maître de Paris.—Les partis sont enchantés que Louis-Philippe fasse des fortifications.