Je voudrais pouvoir vous dire, à propos de la nouvelle année et du nouveau ministère,—ce que Virgile disait à propos de la naissance du fils de Pollion,—qui devait amener tant de bonheur et tant de prodiges.

Molli paulatim flavescet campus arista,
Incultisque rubens pendebit sentibus uva
Et duræ quercus sudabunt roscida mella, etc., etc.
. . . . . . . . .
On verra sans travail les blés jaunir la plaine,
Aux ronces du chemin pendre un raisin pourpré,
Et des chênes noueux couler un miel doré.
. . . . . . . . .
On supprime à jamais la garde citoyenne.
La vertu reparaît, et, vides, les prisons
Dans leurs humides murs n’ont que des champignons.
Les journaux en français écrivent leurs colonnes:
Le printemps, en janvier, devançant le soleil,
Pare son front joyeux de ses vertes couronnes,
Et les tièdes zéphyrs, annonçant son réveil,
Balancent des lilas la fleur nouvelle éclose.
Les moutons épargnant à l’homme un dur travail,
Se font un vrai plaisir de naître teints en rose[B],
Et paissent dans les champs tout cuits et tout à l’ail.
Chacun, depuis hier, prix d’une longue attente,
Possède, en propre, au moins vingt mille francs de rente;
Lassés d’être valets de toute une maison,
Les portiers ont des gens pour tirer le cordon.
On ne demande plus l’aumône qu’en voiture.
Près de la Halle au blé on a vu qui fumait
Dans un large ruisseau du chocolat parfait.
Les cerfs au haut des airs vont chercher leur pâture[C];
Tout est renouvelé, tout est heureux, content,
Et, jusqu’aux députés, tout est mis décemment.

[B] Sponte sua sandyx pascentes vestiet agnos.

[C] Je ne suis pas bien sûr que ce vers, que je traduis par respect pour Virgile, et que je traduis de mémoire,—Leves... pascentur in æthere cervi,—soit précisément dans l’églogue sur la naissance de Pollion,—car, à vrai dire, je ne comprends pas bien quel bonheur cela pouvait procurer aux Romains, de voir des cerfs paître dans l’air,—et je serais tenté de croire que ce vers signifie que Virgile promet un cerf-volant au fils de Pollion, né de la veille.

RETOUR DE NAPOLÉON.—A l’égard de MM. les députés surtout, il n’en est rien, et on a été choqué de leur tenue à la fête funèbre de l’empereur Napoléon.—Plusieurs personnes même—se demandaient si, dans cette circonstance solennelle, et ensuite à la Chambre,—on ne pourrait pas leur donner des manteaux qu’ils rendraient après la séance et qui cacheraient les défroques variées dont ils se plaisent à affliger les regards. C’est ce que fait l’administration des pompes funèbres pour les proches parents des morts qui n’ont pas de costume convenable.—C’est propre, c’est décent,—et cela rendrait à nos députés, à nos représentants, un peu de la considération publique qui leur est si nécessaire.

Je ne parlerai pas de tous les vers auxquels cette fête impériale a servi de prétexte.—Il y a de belles strophes et de belles pensées dans ceux que M. Hugo a bien voulu me donner.—Ceux de M. Casimir Delavigne ont été reconnus les plus mauvais de tous;—et en lisant la strophe qui se termine ainsi:

La France reconnut sa face respectée,
Même par le ver du tombeau,