Du reste,—on vendait dans les rues de petites brochures,—dont le titre était ainsi crié peu correctement:

Description du char et de ceux qui l’ont trahi.

Pour moi, me rappelant qu’il y avait, dans ce peuple si empressé à aller au-devant de l’empereur mort,—bien des gens encore qui, en 1815,—il y a vingt-cinq ans,—ont accompagné son départ d’insultes et de menaces de mort, je me suis senti profondément attristé,—j’ai songé à ce qu’on appelle la gloire,—seul prix des corvées que s’imposent les héros et les grands hommes; j’ai songé à la mobilité des passions du peuple,—qui se réjouit avec un égal enthousiasme,—du retour de l’empereur, parce que c’est un spectacle,—et de son départ, parce que c’est du tapage, et je suis resté seul dans ma chambre,—seul dans ma maison,—seul dans ma rue,—à me rappeler les grandes actions et les grandes douleurs de l’empereur Napoléon,

Et à regarder ce que sont les hommes qui se prétendent sérieux,—et qui me disent d’un air protecteur: Quand deviendrez-vous sérieux?—Parce que je suis libre, indépendant, rêveur et insouciant.

Ils sacrifient leur vie, leur douce paresse, leurs amours, pour avoir, après de longs travaux, le droit d’attacher d’un nœud à la boutonnière de leur habit un ruban d’un certain rouge. Arrivés à ce succès, ils recommencent de nouveaux et de plus grands efforts: il ne faut pas s’arrêter en si beau chemin.—Quel bonheur, en effet, si vous aviez le droit,—dût-il vous en coûter un bras ou une jambe,—quel bonheur si vous pouviez faire une rosette à votre ruban!—On n’épargne pour cela ni soins, ni sacrifices, et, un jour, vous obtenez cette flatteuse récompense.

Une rosette, grand Dieu! quelle supériorité cela vous donne sur ceux qui n’ont qu’un nœud!

On se rappelle, cependant, avec plaisir, le moment où on n’avait qu’un nœud; le moment où, si vous aviez eu l’audace de faire une rosette à votre cordon, la gendarmerie, la garde nationale, l’armée entière, eussent été occupées à punir votre forfait.—On se dit: Et moi aussi, cependant, il y a eu un temps où je n’avais qu’un simple nœud!»

Mais ce qui est encore plus loin de vous, ce que vous n’osez pas espérer, ce que vous placez au nombre des désirs ridicules—à l’égal de l’envie qu’aurait une femme d’un bracelet d’étoiles,—c’est... je n’ose le dire... c’est... ô comble du bonheur! ô gloire! ô grandeur! c’est de nouer le cordon autour du cou;—mais n’en parlons pas, c’est impossible...

Eh bien! si vous êtes un homme heureux, si les circonstances vous favorisent, si vous n’êtes pas trop scrupuleux sur certains points,