Mais le directeur de l’époque, M. Vedel, éprouve le besoin d’un acte administratif qui triomphe des récriminations des sociétaires contre lui, et qui le maintienne dans son poste.—On parle de la possibilité d’obtenir du roi la remise entière de l’énorme arriéré, s’élevant à trois cent cinquante-deux mille francs.—Par hasard, à cette époque, un traité secret est passé entre M. Vedel et M. Empis, par lequel celui-ci exige que quatre pièces de son répertoire, la Mère et la Fille, la Dame et la Demoiselle, Lord Novard et Julie ou la Séparation, seront remontées et jouées un certain nombre de fois chaque mois, et qu’à chaque infraction au traité les droits d’auteur seront payés comme si les pièces avaient été jouées.—M. Vedel est renversé en 1840.—Mais le roi accorde la remise, sur le rapport de M. Empis, et réduit le loyer de vingt-cinq mille francs.—M. Buloz, en qualité de commissaire royal et de directeur de deux revues, s’empare de l’autorité, et se croit assez fort pour braver M. Empis; on le ménage toutefois, et l’on attend que le roi ait consenti à se charger de la restauration de la salle, dont la dépense s’est élevée à quarante-trois mille francs. Alors M. Buloz donne un libre cours à son ingratitude.—Le traité est mis de côté, ainsi que le répertoire Empis, le lendemain du succès du Verre d’eau.—Mais M. Empis invoque son traité, et un commandement survient, il y a moins d’un mois, pour que le Théâtre-Français ait à lui payer une somme de quinze à dix-huit cents francs pour son répertoire.
Quelques personnes se plaisent à faire des rapprochements fâcheux pour M. Empis entre les dates de la représentation de ses pièces et les services qu’il a pu rendre au Théâtre-Français.
Mais les titres seuls de ses ouvrages militent, selon moi, puissamment en sa faveur.—Presque tous sont une satire contre les intrigues.—Il faut renoncer à juger un auteur par ses écrits, si les services rendus par M. Empis au Théâtre-Français ne sont pas parfaitement désintéressés.
M. Thiers a été nommé rapporteur pour l’affaire des fortifications, par la négligence de M. de Lamartine, qui est arrivé trop tard.—Ah! monsieur, c’était bon, quand vous étiez poëte, d’oublier les heures et de les laisser insoucieusement vous échapper.
Le même jour, M. Thiers a été nommé, à l’Institut, membre de la classe des sciences MORALES et politiques.—Or, M. Mignet dispose du plus grand nombre des voix.—M. Mignet est ami de M. Thiers, et lui a donné sa voix à l’unanimité.
Le but de M. Thiers, en se faisant recevoir dans cette section de morale,—n’est autre que d’abuser les gens de bonne foi au moyen d’un jeu de mots, et de leur faire croire que M. Thiers est entré là pour ses vertus, ce qui répondrait bien avantageusement à M. Desmousseaux de Givré, et ferait croire que, si on pense généralement que M. Dosne est beau-père de M. Thiers, c’est un bruit que ses ennemis font courir.
M. L... dit, en parlant de cette élection de M. Thiers: «Je serai enchanté de le voir vice-président de la vertu.»
Dans la Favorite, représentée sur le théâtre de l’Opéra,—il y a encore une église,—il y en a maintenant dans tous les opéras.—Ce qui doit écarter naturellement deux sortes de personnes,—d’abord les personnes pieuses, qui n’aiment pas qu’on permette à des acteurs de semblables représentations; et celles qui, n’allant pas à la messe, ne veulent pas non plus la trouver sur des planches, où elles viennent chercher autre chose.