Le dimanche gras,—je me suis trouvé pris dans la file des voitures qui couvraient le boulevard;—tout Paris était là pour voir les masques,—sans songer qu’il faudrait que quelqu’un se décidât à être masqué.—C’est le contraire du gouvernement représentatif, où tout le monde veut jouer les rôles, et où personne ne veut être spectateur.
Comme tout le monde regarde les masques, il s’ensuit naturellement qu’il n’y a pas de masques,—et les bonnes gens disent: «Ce n’est pas étonnant: le commerce va si mal à présent!»
Disons en passant que jamais on n’a vu une époque où on ait dit: Le commerce va si bien!
Il faut remarquer, au contraire, que jamais on ne s’est tant déguisé qu’aujourd’hui.—Autrefois on ne se déguisait que pendant les trois jours gras.—Aujourd’hui, trois fois par semaine, pendant deux mois, dix bals masqués sont encombrés chacun de plus de masques chaque jour qu’il n’y en a jamais eu à aucune époque sur le boulevard.
Je suis curieux de savoir pendant combien de temps on ira voir le jour, sur le boulevard,—les masques qui sont la nuit dans les théâtres,—et pendant combien de temps on s’étonnera de ne pas les voir où ils ne sont pas.
Par une bizarrerie assez ridicule,—l’autorité a fait ce jour-là traverser Paris à quinze canons, avec des artilleurs à cheval,—la mèche à la main.—On s’est obstiné à prendre le tout pour des masques,—et plusieurs personnes du peuple ont dit: «C’est lord Seymour.»
Ce pauvre lord,—qui n’a à se reprocher aucune manifestation en ce genre, est victime d’un préjugé populaire, qui s’obstine depuis dix ans—à lui attribuer toutes les mascarades, à le reconnaître dans toutes les extravagances,—à lui mettre sur le dos tous les verres qu’on casse,—tous les cochers qu’on rosse,—toutes les vieilles femmes qu’on écrase.