Il y a à Versailles,—au château,—un potager fort beau et fort bien cultivé par le jardinier Grison. Ce potager produit beaucoup au delà de la consommation du château, surtout en fruits et en légumes de primeurs;—vous croyez peut-être que le surplus est consacré à des présents.

Nullement,—on le vend à beaux deniers comptants à divers fruitiers de Paris.

Et, comme ceux qui vendent les produits de Versailles les ont pour rien, ils les donnent aux marchands à un prix auquel les producteurs industriels ne peuvent abaisser les leurs.

Pour vous montrer que je suis bien instruit, nous allons procéder par exemples.

EXEMPLE:—Il n’y a qu’un seul jardinier qui fasse des haricots verts de primeur,—c’est un nommé Gauthier qui demeure au Petit-Montrouge.

Cette année, au 20 février, on n’avait encore vendu que deux fois des haricots verts à Paris.

Les premiers par le roi,—les seconds par M. de Rothschild, qui a un jardin à Boulogne,—à Maillez, fruitier, marché Saint-Honoré.

Aujourd’hui Gauthier, qui, avec moins de ressources que ses deux rivaux, arrive cependant presque en même temps qu’eux,—est obligé, pour rentrer dans ses frais, de vendre ses haricots vingt ou vingt-quatre francs la livre,—tandis que ses concurrents, le roi de France et M. de Rothschild, les donnent à meilleur marché.

L’année dernière,—Gauthier, plutôt que de donner ses haricots à vil prix, a mieux aimé en faire des présents.

C’est agir royalement.