«Nous avons l’honneur de vous faire part de la perte de M..., etc.»
Puis, au bas de la lettre, en caractères plus petits, on ajoutait: «De la part de M. et de M...»
Il est évident que le mort jouait le premier rôle et que les parents, simples comparses,—n’avaient que le petit plaisir collectif et indirect d’étaler les titres et les décorations de leur mort. Cela ne pouvait durer ainsi, et on a changé la formule; on écrit aujourd’hui: «M..., chevalier de... de... et de...; M. le président de..., madame la marquise de..., etc.;» puis, quand il n’y a plus ni noms, ni titres, on ajoute au bas: «Ont l’honneur de vous faire part de la mort de...»
Ce qui me paraît peu décent;—mais de ce temps-ci tout le monde veut tellement paraître, qu’on est jaloux de l’attention posthume qu’usurpe le pauvre mort.
J’ai sous les yeux un exemple curieux de ce nouvel usage. Il s’agit de la mort de M. le baron Bl*** de B***, mort à Versailles.—Eh bien! si, averti par l’encadrement noir de la lettre, vous voulez savoir lequel de vos amis vous avez à regretter, il faut lire d’abord dix-sept noms suivis chacun de deux à trois lignes de titres et de décorations en petit texte, avant d’arriver au nom du mort, que rien ne sépare des noms de ses parents, afin qu’il soit impossible de le lire sans avoir préalablement lu les autres. Mais il s’est glissé dans cette lettre une singulière erreur:—on a confondu l’ancienne et la nouvelle formule, et on s’y est considérablement embrouillé.
Dans l’ancienne formule—on mettait: «De la part de MM. tels et tels, de mesdames telles et telles,—ses frère,—cousin,—neveu,—nièce, etc.»
Dans la nouvelle,—on doit mettre: «MM. et mesdames tels et telles vous font part de la mort de M. Bl***de B***, leur frère, cousin, oncle, etc.»
Dans la lettre de faire part de M. Bl*** de B***, on a confondu les deux formules,—et on dit: «MM. et mesdames tels et telles vous font part de la mort de M. Bl*** de Bl***,—leur père, beau-père, etc.,—nièce et petite nièce.»
De telle sorte que ce vieillard de quatre-vingt-trois ans se trouve, dans la lettre qui annonce sa mort, être la nièce et la petite-nièce de mesdemoiselles trois et quatre étoiles.