Les Français ont eu longtemps un ridicule qu’on retrouve du reste plus ou moins chez les autres peuples,—c’est la prétention d’être invincibles.—On en a vu récemment une dernière manifestation lorsque messieurs les députés s’emportèrent si fort contre M. Bugeaud, qui avait osé dire que les Français avaient été quelquefois battus dans le commencement des guerres de la République.
Remarquons en passant, à propos de M. Bugeaud,—que son discours en faveur de la paix a été récompensé par un commandement militaire.
Revenons à notre sujet:—la nouvelle prétention des Français est aujourd’hui d’être humiliés, insultés, foulés aux pieds;—vous avez vu le gâchis où ont failli nous mettre M. Thiers et les affaires d’Orient;—depuis ce temps il est impossible qu’un cuisinier anglais fasse une sauce,—qu’un serf russe coupe un arbre,—sans que les journaux annoncent à la France que c’est dans l’intention de l’insulter;—les bonnes gens le croient et sont prêts à crier comme le père du Cid:
C’en est fait,—prends ma vie avec un tel affront,
Le premier dont ma race ait vu rougir son front.
On prend des attitudes abattues,—des airs déshonorés à n’en plus finir.
Dernièrement des carrés de papier (organes de l’opinion publique) avaient fait croire aux Français que l’on jouait à Londres une pièce injurieuse pour notre honneur national,—intitulée le Coq gaulois chante, mais il ne se bat pas.
Les Français se sont indignés, sans penser que pendant quinze ans, en France, il ne s’est pas joué un seul vaudeville,—où il n’y ait eu un Anglais bafoué et battu.
Indignation de plus en plus véhémente des carrés de papier,—et par contre-coup du peuple français.