Quand la critique n’est pas faite par un homme de semblable portée,—par un homme qui a fait ses preuves,—et son chef d’œuvre, comme disent les compagnons du devoir,—c’est un métier un peu plus humble que ne semblent le croire ceux qui l’exercent.—C’est,—on l’a dit avec raison,—le métier de chiffonniers, qui gagnent leur vie en cherchant des ordures.—Le premier des critiques est immédiatement au-dessous du dernier des producteurs,—et le ton de supériorité que prennent ces messieurs à l’égard des écrivains les plus distingués a pour eux-mêmes le désagrément d’être parfaitement ridicules.
Vous me permettrez, mon cher Sue, d’être un peu aussi critique et envieux, et de me venger sur quelques-unes de vos lignes du succès de vos ouvrages.
Si je parle souvent des fleurs et des arbres,—et des prairies, et des bois, et de la mer,—c’est que c’est là que s’est passée toute ma jeunesse et que se passe encore la meilleure partie de ma vie.—Aussi, suis-je fort expert en ces choses,-et n’est-il personne qui me puisse prendre, en aucun de mes livres, à donner à une fleur une autre couleur que la sienne,—ou à la faire épanouir en une autre saison que celle qui lui a été assignée par la nature.—Je les connais parce que je les aime,—parce que je vis avec elles.—Si je vous dis aujourd’hui que les cerisiers sont en fleurs,—ce n’est pas un effet de style que je cherche, c’est que j’ai dans mon jardin des cerisiers en fleurs, et que je viens de quitter la plume pour les aller voir un moment, c’est que c’est pour moi un événement, et des plus importants, qu’une belle journée de soleil.
Comment, vous,—vous qui avez des fleurs et une serre dans votre charmante retraite,—vous avez commis les énormités que voici:
Vous faites fleurir non-seulement l’aubépine en même temps que les premières violettes, mais encore—l’héliotrope et le jasmin,—vous faites des bouquets dont chacune des fleurs qui les composent est séparée des autres par deux ou trois mois.
Mais je vois la source de votre erreur,—vous êtes un jardinier fashionable,—vous vous en êtes rapporté à votre serre, qui vous a trompé—en vous donnant en mars des fleurs du mois de juin et du mois de juillet.
Mais il y a quelque part un homme qui, depuis une dizaine d’années que je fais par-ci par-là quelques livres,—a passé une partie de sa vie à me reprocher de parler trop des fleurs et de parler trop de moi,—qu’il soit content, je vais un peu parler de lui.—Je l’attendais au coin de la première phrase qu’il ferait lui-même.