Ceci vous paraît, au premier abord, une pensée dans le genre de celles de M. C.-M.-A. Dugrivel;—eh bien! soyez de bonne foi, et vous verrez que c’est plus difficile que vous ne pensez.—Repassez dans votre mémoire la semaine qui vient de s’écouler, et voyez si vous n’avez pas consacré quelque soirée à quelque plaisir qui vous aura parfaitement ennuyé.

Je ne vais jamais au théâtre,—et beaucoup moins encore dans les concerts.

Je l’ai déjà dit, si je n’étais pas fils d’un piano célèbre, les pianistes auraient affaire à moi.

Ils jouent aujourd’hui plus pour les yeux que pour les oreilles,—et frappent sur leur clavier comme s’ils avaient peur qu’on ne sût pas que c’est de bois. M. Listz a, presque chaque fois qu’il joue, un piano tué sous lui. Au dernier, il a joué debout;—il jouera couché au prochain.—Mais que voulez-vous que fassent ces pauvres diables?—les éloges les perdent.—Dernièrement, un homme, qui du reste a ordinairement de l’esprit,—disait qu’il aimait voir un pianiste pantelant.—Il arrive très-souvent à M. Listz,—quand il vient d’exécuter sa musique pantelante,—de terminer en se laissant tomber inanimé sur son piano.—On trouve cela ravissant. Au concert de M. Chopin,—auquel je n’assistais pas, on m’a raconté que, le morceau fini, M. Listz, qui ne jouait pas du piano, mais qui voulait absolument jouer un rôle,—se précipita sur M. Chopin pour le soutenir, pensant qu’il allait se trouver mal.

Depuis que Schubert est mort,—sous prétexte de trois belles mélodies qu’il a laissées,—tout le monde s’amuse à faire des choses plus ou moins incolores et ennuyeuses et surtout dénuées de mélodie, qu’on publie sous son nom,—et auxquelles les gens accordent la même admiration qu’à ses meilleurs ouvrages.

Dans une maison—où je me trouvais dernièrement,—on a amené un jeune phénomène:—c’était un enfant de douze ans très-fort sur le piano. Il s’est assis et a commencé, puis imperturbablement—a joué plus d’une heure—sans être arrêté par les applaudissements, qui avaient pour but de le faire finir et qu’il prenait pour des encouragements.—En vain, on se disait: «Charmant enfant! à quelle heure le couche-t-on?»

Il ne s’arrêta qu’à la fin de son morceau,—si toutefois ce qu’il a joué peut s’appeler un morceau, car je ne connais rien d’entier qui soit de cette longueur.

Quelqu’un que je ne nommerai pas—disait: