PARENTHÈSE.—Je ne veux pas perdre ceci, qui me vient à propos de l’abaissement du cens électoral.

Vous, messieurs, qui demandez cet abaissement,—vous trouvez sans doute mauvais que l’échelle de l’argent soit celle sur laquelle on mesure les capacités électorales et gouvernementales.

Pensez-vous atteindre votre but de corriger cette sottise en faisant qu’un plus grand nombre arrive aux affaires par cette voie que vous blâmez?—Croyez-vous la rendre meilleure en l’élargissant?—Croyez-vous qu’un abus soit détruit parce qu’un plus grand nombre en profite?

On a donc fait des gants à vingt-neuf sous;—et les gants jaunes sont restés plus que jamais la première,—la seule condition d’admission et de considération dans le monde.

Je répondrai, messieurs, à la question que vous voulez bien m’adresser: «Est-ce par économie?»

Pourquoi pas,—messieurs?—et si je vous disais tout ce que je n’ai pas été obligé de faire dans ma vie au moyen de semblables économies,—c’est-à-dire par le mépris de certaines vanités,—en ne désirant jamais paraître riche,—en étant plus fier de ma pauvreté et de mon indépendance mille fois que vous ne l’êtes de vos fausses élégances,—qui vous donnent tant de tourments,—qui vous obligent à des luttes si acharnées, qu’elles sont devenues le but de votre vie, et qu’elles vous forcent, tant le superflu vous est devenu nécessaire, à traiter le nécessaire en superflu!

Non, je ne suis pas dupe de cette prétendue égalité des gens de lettres avec les gens du monde, ce qui ne les a amenés qu’à l’égalité des dépenses sans les faire arriver à l’égalité des recettes.—Je n’ai pas voulu prendre un rôle dans cette sotte comédie,—où tout le monde veut tromper tout le monde sans que personne soit trompé;—où l’on est ridicule quand on ne réussit pas, et odieux quand on réussit.

Nous voici déjà un peu loin des gants jaunes.