Juin 1841.
Fragments d’une belle réponse de l’auteur des Guêpes à un homme étonné.—Les philanthropes.—Les prisons.—Les fêtes.—Question des hannetons.—M. Basin de Rocou.—Quelques citations de M. de Lamennais.—Une singulière oraison funèbre.—Les médailles de baptême.—De M. Dugabé et d’un nouveau théâtre.—Un mot du roi.—Véritable histoire de l’infante.—Comme quoi un jeune Polonais est devenu neveu de la reine de France.—Des cheveux roux.—M. Villemain.—Mademoiselle Fitzjames.—On oublie M. Molé.—Humbles remontrances à monseigneur l’archevêque de Paris.—Question sérieuse traitée de la façon la moins ennuyeuse qu’il a été possible à l’auteur.—M. Duchâtel.—Économies de M. Auguis.—Le parti des pharmaciens.—L’inconvénient d’avoir un frère célèbre.—Un danseur de l’Opéra au couvent.—Repos du roi.—M. Thorn.—Un parapluie vert.—Un voisin de campagne.—De quelques carrés de papier.
FÊTES DE MAI.—Comme je quittais Paris, le dernier jour du mois d’avril, un homme de ma connaissance me rencontra qui parut m’examiner avec étonnement.—«Comment, mon cher, me dit-il, les gros souliers et les guêtres de cuir! Vous quittez Paris—la veille des fêtes de mai?—Est-ce que vous comptez n’en pas parler dans votre volume du mois prochain?»
Je fis alors à cet homme une réponse si belle, que j’eus regret quand elle fut finie,—ce qui n’eut pas lieu tout de suite,—de ne pas l’avoir réservée pour un auditoire plus distingué et surtout plus nombreux,—et qu’aujourd’hui encore je ne puis me résigner à la voir perdue pour mes contemporains et pour la postérité,—ce qui fait que je vais m’efforcer de m’en rappeler quelques fragments,—sauf à prétendre, si on ne partage pas l’admiration qu’elle m’a inspirée, que j’en ai oublié les morceaux les plus saillants.
Mon bon ami, lui dis-je,—les philanthropes,—qu’à une époque d’injustice et de passion on avait appelés filous en troupe,—ont amélioré bien des choses.
Ils ont inventé deux manières de compatir à l’infortune des prisonniers:
PREMIÈRE MANIÈRE.—Pour ceux qui ont commis de grands crimes,—tels que d’avoir assassiné leur père à coups de hache,—coupé leur sœur en petits morceaux,—empoisonné leur mère—ou noyé leur cousin,—et qui ont eu le malheur de rencontrer des jurés assez indulgents pour voir là des circonstances atténuantes et ne les faire condamner qu’à la prison,—les philanthropes les ont jugés d’autant plus à plaindre qu’ils étaient plus criminels; et, pensant qu’ils avaient besoin de grandes consolations,—ils se sont occupés de leur rendre la vie agréable;—ils ont amélioré leur potage,—assaini leurs prisons, planté leurs jardins d’arbres d’agrément,—en un mot, convaincus de l’âpreté de leurs remords, ils ont fait en sorte qu’ils n’en pussent être distraits par aucun autre chagrin et qu’ils y fussent livrés tout entiers.