D’où vient que pas un des grands poëtes,—des romanciers distingués,—des dramaturges célèbres,—des écrivains de tous genres, qui depuis dix ans se sont succédé au pouvoir,—n’a trouvé dans sa cervelle la moindre variété à apporter aux quatre orchestres de danse du carré Marigny,—aux mâts de cocagne, etc., etc.?

Quelque chose,—il faut le dire,—car, si je vaux un peu, c’est par mon impartialité, qui vient de mon indifférence—quelque chose a été tenté à l’égard du feu d’artifice:—on l’a fait tirer sur le pont Louis XV,—au lieu du rond-point des Champs-Élysées,—mais cela avait déjà été osé par le gouvernement de la Restauration,—ce qui ne l’a pas empêché d’être renversé.

J’ai vu quelques-unes de ces fêtes quand j’étais enfant,—depuis j’ai lu le récit de beaucoup d’autres dans les journaux.—Quand une succession naturelle, une invasion, une restauration, une révolution,—ou toute autre cause, nous a amené un nouveau gouvernement, je me suis dit chaque fois:—«Ah! on va peut-être donner d’autres fêtes.»—Sous ce rapport-là, comme sous beaucoup d’autres, je ne me suis pas aperçu que les changements de gouvernement aient apporté rien de nouveau.—Depuis une trentaine d’années que je suis spectateur des choses que font les autres,—j’ai vu les partis tour à tour vaincus et triomphants, se fusiller,—se guillotiner,—s’emprisonner,—s’exiler,—etc.

Mais aucun n’a osé changer ni la forme des ifs des illuminations publiques, ni ces ifs eux-mêmes, qui ont porté tour à tour le suif officiel, que le peuple a le droit de voir brûler à certaines époques pour augmenter la joie qu’il est censé ressentir des naissances, fêtes ou avénements variés.

Aussi m’a-t-il semblé voir—que, dans ce cas, le peuple n’accepte de tout cela qu’un jour de loisir, et se donne à lui-même le choix de ses divertissements,—lesquels ne sont pas non plus très-variés, et consistent à aller boire aux barrières le petit vin, que si bêtement et si odieusement on lui charge dans la ville d’impôts égaux à ceux que payent les vins fins qui se servent sur la table des gens riches.

Il n’y a moyen de distinguer ces fêtes les unes des autres que par le nombre des accidents qui y arrivent;—il n’y a eu cette fois qu’un cuirassier de tué;—la précédente avait coûté la vie à deux hommes.

QUESTION DES HANNETONS.—De toutes les parties de la France—on écrit: «Les arbres sont dépouillés par les hannetons, que depuis bien longtemps on n’avait vus en nombre aussi formidable.»—Suivent les lamentations.