En effet,—en plein mois de mai,—on voit des arbres aussi dépouillés de feuilles que l’hiver. Le soir, les hannetons volent en si grande quantité, que le bruit de leur vol force d’élever la voix pour causer.

Certains arbres en sont tellement couverts,—ils s’y pendent si pressés en forme de feuillage brun, qu’un homme étranger à la campagne, au lieu de dire: «C’est un prunier, c’est un hêtre,—c’est un chêne,»—dirait: «C’est un hannetonnier.»

me rappelle un pauvre diable que l’on mit une fois en route pour l’Italie.—Après lui avoir persuadé que la végétation était sur cette terre bénie toute différente de ce qu’elle est dans les autres pays, que les arbres y produisent naturellement une foule d’objets qui ne naissent en France qu’à force de travail et de main-d’œuvre: «Tu y verras, lui disait-on,—le saucissonnier, c’est-à-dire l’arbre qui produit des saucissons,—la variété à l’ail est fort rare;—tu y verras le bretellier, c’est-à-dire l’arbre à bretelles, elles sont mûres vers la fin de septembre,—tu m’en rapporteras une paire;—mais ne va pas prendre des bretelles sauvages qui ne durent rien.»

—Toujours est-il qu’il en devint fou.

N’ai-je pas quelque part déjà fait cette remarque qu’une branche de commerce s’est perdue en France?

Je me rappelle avoir vu des enfants déguenillés courir les rues, ayant à la main des hannetons pleins un bas bleu,—et sur l’épaule une branche d’orme femelle,—et ameutant autour d’eux de jeunes chalands empressés au cri de «V’là d’zhann’tons, d’zhann’tons pour un yard.»

Cela vient de ce qu’il n’y a plus d’enfants.—A l’âge où on faisait voler des hannetons avec un fil à la patte, au son de cette romance que nous avons peut-être chantée les derniers: «Hanneton, vole, vole, vole!» à cet âge aujourd’hui—on fume, on a une canne,—on lit le journal,—on boit de l’eau-de-vie,—et on demande au Palais-Royal—les pièces où mademoiselle Déjazet joue les rôles les plus voisins de la nudité absolue.