AUTRES CONSIDÉRATIONS SUR LES HANNETONS.—Il y a quelques années, M. Romieu—préfet de la Dordogne—songea à détruire, du moins en partie, ce terrible coléoptère,—et donna une somme par chaque boisseau de hannetons.—C’était une mesure sage dans l’intérêt de l’agriculture; car chaque hanneton tué aurait produit plusieurs centaines de vers blancs ou mans, qui, l’année d’après, métamorphosés en hannetons, auraient donné quelques milliers de vers blancs.

On plaisanta fort M. Romieu à ce sujet,—on en fit plusieurs caricatures—la peinture et la sculpture ont laissé des monuments de la façon dont fut appréciée cette mesure utile.

Et beaucoup de gens—de cette classe si nombreuse—qui aiment trouver de l’esprit tout fait, et qui répètent avec une charmante naïveté ce qu’ils ont entendu donner comme plaisant,—quand même, pour leur part, ils n’y comprennent absolument rien,—beaucoup de ces braves gens, s’ils entendaient nommer M. Romieu, s’écrieraient: «Ah! oui, Romieu—hannetons—hi, hi, hi,—hé, hé, hé!»—sans savoir à quel propos le nom de M. Romieu s’est trouve accolé aux hannetons:—et leurs auditeurs se mettraient à rire, sans comprendre plus qu’eux, et s’empresseraient à la première occasion de répéter la plaisanterie, qui ne manquerait pas d’avoir encore le même succès.

UNE ILLUSTRATION.—Je trouve dans le Moniteur un sujet de se féliciter pour ceux qui aiment la gloire de leur pays:—le roi vient de nommer chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur—M. BASIN DE ROCOU—homme de lettres. Cette distinction nous révèle un écrivain sans contredit supérieur à mon ex-ami M. de Balzac—puisque celui-ci n’est pas encore décoré, sans quoi il faudrait douter de la sagesse du roi en fait de littérature et de décorations.—Je ne sais seulement par quelle fatalité, humiliante pour moi, je me trouve ne rien connaître absolument de M. Basin de Rocou—si ce n’est qu’il vient d’être nommé par le roi chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur.

M. DE LAMENNAIS.—J’ai déjà reçu beaucoup d’injures et de menaces à propos de M. de Lamennais.—On sait le cas que je fais des unes et des autres.—Je me permettrai donc encore cette fois de citer ces paroles d’un prêtre chrétien que je trouve dans un nouveau livre de M. de Lamennais.

Après une appréciation dure,—exagérée, ridiculement emphatique des hommes aujourd’hui au pouvoir,—appréciation cependant juste sous quelques rapports, il s’écrie:

«Et le peuple livré à cette race d’hommes,—le peuple qui la souffre, qu’en dire?

»M. de Bonald parle beaucoup de résistance passive, il ne permet que celle-là.—La résistance passive est la résistance du cou à la hache qui tombe dessus.