»Peut-être l’emploi de la force est-il nécessaire aujourd’hui, car on ne doit pas la laisser à jamais du côté du mal.»

Puis, quand il a jeté ces paroles provocantes, ces paroles d’insurrection, de haine et de sang,—à une époque agitée comme celle-ci, à une époque où tout cela germe si vite et si cruellement dans les cerveaux qui, faisant leur éducation politique dans les estaminets, arrosent chaque pensée de ce genre d’une gorgée de café et d’eau-de-vie, il ajoute avec une hypocrisie jésuitique:

«Mais il faut que ce soit la miséricorde qui tienne l’épée.»

J’ai trouvé dans ce livre, entre autres choses contre lesquelles j’aurais un blâme bien plus sévère encore, si M. de Lamennais, ce prêtre qui n’est ni catholique ni chrétien, n’était pas en prison,—une pensée juste et bien exprimée que voici:

«Il y a des esprits si stériles, qu’il n’y pousse pas même de bêtises;—il s’y en trouve cependant, mais elles y ont été transplantées.»

En voici une autre assez belle,—si ce n’est qu’elle devient un non-sens, appliquée à l’époque d’aujourd’hui, où il n’y a plus de pouvoir et où le prêtre écrit des livres pareils à ceux de M. de Lamennais:

«L’histoire, qu’est-ce? le long procès-verbal du supplice de l’humanité:—le pouvoir tient la hache, et le prêtre exhorte le patient.»

Disons encore à ce sujet que, s’il est une chose bêtement immorale,—c’est le prestige dont on entoure de ce temps-ci tout homme qui subit les rigueurs de la justice, dès l’instant qu’on peut donner à sa condamnation une couleur quelque peu politique.

On envoie des adresses à M. Lamennais, et M. Lamennais répond: «La prison m’était due pour avoir défendu les cœurs justes.—J’y suis entré avec une grande joie.»

Je lis dans le Siècle un éloge funèbre ainsi conçu: «M. Jules Olivier, juge au tribunal de Grenoble, vient de mourir dans un âge peu avancé. M. Jules Olivier avait été tout récemment en butte aux rigueurs du gouvernement.»