Vraiment, monsieur Affre,—vous n’y pensez pas,—de venir ainsi, comme Bossuet, rappeler les rois au souvenir de la condition humaine, la même pour tous—de leur rappeler par des paroles sévères qu’ils ne doivent pas se laisser éblouir par la splendeur de leur rang, ni enivrer par l’encens qu’on leur prodigue;

De les prier ainsi de se souvenir des autres hommes, et de les vouloir prendre en compassion et en miséricorde.

O saint homme! qui traversez ainsi la vie, les yeux sur la pointe de vos souliers, sans regarder ni devant vous, ni à droite ni à gauche,—et ne vous apercevant, dans votre pieuse contemplation, de rien de ce qui se passe, de rien de ce qui s’est passé depuis cinquante ans.

Ce n’est plus le temps où les rois étaient adorés, et où La Bruyère lui-même,—ce moraliste frondeur, disait de Louis XIV: «Le roi n’a pas dédaigné d’être beau, afin de réunir en lui toutes les perfections.»

Votre discours, monseigneur, ressemble singulièrement à un vieux cantique à la Vierge que chantent encore aujourd’hui les marins de nos côtes de Normandie:

Quelqu’effort que le Turc fasse,
Nous nous moquerons de lui,
Et braverons son audace
Par votre invincible appui.

Vous n’avez donc pas compris,—monseigneur,—cet abaissement où est tombée la royauté aujourd’hui, tel que vous auriez dû retourner vos paroles,—et recommander les rois à la clémence et à la merci des peuples.

Est-il un homme qui chaque jour soit aussi cruellement et aussi impunément insulté que le roi de France?—ne savez-vous pas qu’au moment où vous parliez on jugeait le quatrième assassin du roi?—et l’enfant que vous baptisiez, tandis que quelques journaux le traitaient assez ridiculement de monseigneur, presque tous ne lui donnaient-ils pas déjà aussi comme un baptême de railleries et d’invectives?

Demandez à vos vicaires moins distraits, monseigneur, et ils vous diront que la royauté est aujourd’hui la royauté insultante dont on aggrava le supplice de Jésus-Christ,—une couronne d’épines sur la tête,—un roseau pour sceptre,—et des soufflets sur le visage.

Il faut absolument, monseigneur, faire aujourd’hui soi-même ses discours;—et, quelque beaux que soient les modèles de l’éloquence de la chaire, il les faut abandonner, car ils parlaient de choses qui ne sont plus.