M. Passy s’appelle Hippolyte-Philibert, et toute sa vie il s’est efforcé d’éviter les applications qu’on aurait pu lui faire du nom d’un mauvais sujet célèbre au théâtre, et de se réfugier dans les vertus du «sauvage Hippolyte,» son autre patron. Cette précaution devait le jeter dans de singuliers excès, et elle n’y a pas manqué. M. Passy s’est efforcé de se montrer composé, ennuyeux, peu soigné dans sa mise, sous prétexte d’austérité. Jamais il n’a pu s’élever jusqu’aux gants verts que nous avons reprochés avec quelque amertume à plusieurs de ses collègues;—il garde les mains nues,—Hippolyte ne portait pas de gants et Philibert les devait.

La conversion passera à la Chambre des députés à une majorité de deux cent vingt voix contre quatre-vingt-dix,—mais peut-être avec quelques restrictions.

Le projet viendra ensuite à la Chambre des pairs; et il y sera rejeté à quatre-vingt-dix voix contre douze.—Parmi ces douze on peut désigner d’avance M. d’Argout, M. Pelet de la Lozère, M. de Mosbourg, M. Boissy-d’Anglas, et les nouveaux pairs qui sont nommés pour cela.

Il ne restera alors au roi que le plaisir de ne pas sanctionner une mesure sur laquelle nous ignorons son opinion.

A propos du roi et de la Chambre, une chose m’a frappé cette année plus encore qu’elle ne l’avait fait jusqu’ici.

Je ne sais pas pourquoi on s’obstine quelquefois à contrarier le peuple et à ne pas faire ce qu’il demande,—ce n’est certes pas moi qui m’amuserai jamais à contrarier le peuple,—ce bon peuple, il demande avec tant d’instance, tant de cris, tant de fureur, il est si près à mourir pour ce qu’il demande, et ensuite il se contente de si peu!

Après l’Empire on était las de la conscription, qui avait plus que décimé les familles... et on avait peut-être raison.—La Restauration annonça que la conscription, l’odieuse conscription, était à jamais abolie.—En effet, on la remplaça par le recrutement, qui est absolument la même chose, et le peuple a été content.

Après juillet 1830, on a dit au peuple: vous abhorrez la gendarmerie, vous n’aurez plus de gendarmerie.—A bas la gendarmerie!—Remplaçons-la par une magnifique garde municipale—et le peuple a été content.

Vous ne voulez plus de gardes du corps, ni de garde royale.—C’était peut-être un but à l’ambition légitime de l’armée—mais aujourd’hui, quand un soldat est ambitieux, il se proclame roi de France.—Il n’y aura plus de gardes du corps, ni de garde royale. Mais comme il faut que le corps du roi soit gardé, attendu la funeste habitude que prennent les garçons selliers de lui tirer des coups de pistolet à trois pas, on lui a donné, au roi, pour gardes du corps, des mouchards et des argousins. Quand le roi va à la Chambre des députés, quand la reine va à l’Opéra, les endroits par où doivent passer Leurs Majestés présentent un rassemblement des physionomies les plus patibulaires et les plus inquiétantes; des haies d’habits bleus râpés et gras,—des escouades de redingotes à collet de fourrure au mois d’août,—des bottes éculées, des gourdins énormes, des chapeaux crevés, des pipes écourtées vomissant des parfums nauséabonds—annoncent à Paris et entourent la Majesté Royale.