C’est ainsi que ce qu’on appelait autrefois faire danser l’anse du panier—s’appelle aujourd’hui mettre à la caisse d’épargne. Le vol se cachait, la prévoyance se montre avec orgueil.

SUR LES MENDIANTS.—Voici les réflexions qui m’occupèrent de Poissy à Paris.—Je ne veux pas vous parler des mendiants politiques et littéraires:—grâce à la lâcheté des hommes en place,—il n’y a plus de mendiants que sur le patron de celui de Gil Blas,—c’est-à-dire appuyant leur humble requête d’une escopette chargée et amorcée. La plupart des positions secondaires et beaucoup des autres ont été accordées à des menaces et à des attaques conditionnelles dans les journaux.—J’ai eu occasion d’en citer bien des exemples, depuis deux ans que paraît mon volume mensuel.

Je veux parler des mendiants des rues.

On a défendu la mendicité à Paris.

On a eu raison,—il n’y a que deux sortes de mendiants:

1º Ceux qui ne peuvent pas ou ne peuvent plus travailler, la société doit y pourvoir:—ce n’est pas seulement une justice, c’est une économie.—Un vieillard ou un infirme qui vit en communauté coûte quinze sous par jour;—l’aveugle isolé donne vingt sous par jour à la femme qui le conduit,—il faut donc que sa journée lui rapporte au moins quarante sous.—Qui les donne? Vous et moi.

2º Celui qui ne veut pas travailler,—qui existe d’une perpétuelle souscription nationale,—semblable à celles que l’on fait de temps à autre pour élever des tombeaux de marbre aux grands hommes,—ou réputés tels, que l’on a laissés mourir de faim.

Au milieu de cette agitation continuelle, de ce mouvement de fourmilière, que chacun se donne pour gagner sa vie,—vie de luttes, d’incertitudes, d’anxiétés.—lui seul ne fait rien,—reste tranquille au coin de sa borne, au soleil;—tous ces gens qui remuent,—qui se hâtent,—sont ses esclaves et ses tributaires,—ils travaillent pour lui et lui payent une dîme.

Ceux-là sont une lèpre,—et la prison où on les contraint au travail est une léproserie où on met la lèpre sans le lépreux.