Mais.....—diable de mot qui vient presque toujours après l’éloge,—comme l’insulteur après le triomphe des généraux romains;—mais,—pourquoi des priviléges,—pourquoi, tandis que la police correctionnelle envoie tous les jours vingt mendiants pris sur le fait à la maison de refuge de Saint-Denis,—pourquoi certains mendiants exploitent-ils seuls,—avec privilége et sans concurrence,—la charité et le dégoût publics?

Pourquoi un tronc d’homme,—traîné sur une charrette par un cheval,—jouant de l’orgue et promenant sur la foule de gros yeux effrontés, se promène-t-il publiquement dans Paris, et mendiant depuis plus de dix ans? Pourquoi était-il encore, il y a quelques jours, dans la rue Vivienne?

Pourquoi un petit homme, déguisé en paysan breton, avec un chapeau semblable à celui des charbonniers et une large ceinture rouge,—aborde-t-il, depuis quinze ans, les passants dans la rue,—sous prétexte de leur demander la lecture d’une adresse ou d’un papier,—et en réalité pour demander l’aumône?

Pourquoi, depuis sept ou huit ans,—une femme, couverte d’un vieux châle brun, accoste-t-elle les gens le soir, entre onze heures et minuit, sur le boulevard,—non loin du passage des Variétés,—en disant:

—Monsieur, quelque chose pour mon pauvre petit enfant, auquel je ne puis plus donner le sein faute de nourriture.

Une première fois,—cette requête me toucha,—je lui donnai quelques secours.—Trois ans après, me trouvant au même endroit, à la même heure,—je la rencontrai encore;—elle avait son même châle brun,—et me dit:

—Monsieur, quelque chose pour mon pauvre petit enfant, auquel je ne puis plus donner le sein faute de nourriture.

—Comment! dis-je dans un accès de naïf étonnement,—il tette encore?

Elle me quitta en murmurant.

A propos de pauvres plus intéressants,