Pourquoi M. de Balzac n’a-t-il pas la croix depuis longtemps? Il ne l’appellerait pas une petite chose;—un homme du talent de M. de Balzac fabrique des pensées pour bien des gens; il ne fallait que lui rendre justice, et vous ne le verriez pas, pour sa part, discréditer un de vos moyens d’action et de gouvernement. Vous n’en avez cependant pas trop, et ceux que vous avez ne sont pas si peu usés qu’ils n’aient besoin de quelques ménagements.
Vous ne lutterez contre la presse qu’avec la presse.
Vous n’avez dans la presse que des ennemis et des domestiques.
Vous n’y avez ni alliés ni amis.
J’ai souvent querellé les journaux sur leur quatrième page; il serait injuste de ne pas signaler une industrie identique qu’exerce le gouvernement: je veux parler des brevets.
Il n’y a pas d’invention saugrenue,—de préparation honteuse,—qui se fasse faute d’un brevet du roi.
Le public prend ledit brevet pour une approbation spéciale de Sa Majesté, et tombe dans le panneau.—On ne sait pas assez qu’un brevet du roi n’est qu’un reçu de huit ou quinze cents francs, selon la durée que l’exploitant veut donner à son affaire;—qu’on ne demande à quiconque sollicite un brevet d’autre condition que de verser la somme ci-dessus mentionnée.
Ceci n’est qu’un guet-apens dont le gouvernement est aussi complice qu’on peut l’être; il ne peut ignorer la fausse idée qu’ont les gens d’un brevet,—et il la laisse s’accréditer:—il n’a jamais dit, par l’organe de ses journaux ni autrement, ce que c’était réellement qu’un brevet.—C’est pourquoi je le dis aujourd’hui.