En ce moment, il veut être député comme tout le monde.—C’est sur l’arrondissement de Châtillon que M. Nisard a jeté les yeux.—Il remplit les bibliothèques communales de ses futurs commettants avec les souscriptions du ministère.—Tous les gamins de Châtillon ont des bourses dans les colléges de Paris.—M. Villemain laisse faire.—Sans doute M. le ministre pense qu’il faut que les professeurs de quatrième soient représentés à la Chambre.

Dernièrement, M. Nisard aîné a envoyé au roi des Belges deux volumes de sa composition, intitulés: Mélanges littéraires. S. M. Léopold, qui est un homme poli, a compris tout de suite que M. Nisard aîné en voulait à sa petite croix inoffensive, et la lui a envoyée.

Le hasard fit que le roi envoya en même temps la même croix au célèbre chimiste allemand, Berzelius.—M. Nisard aîné explique ainsi cette coïncidence: «Le roi Léopold, en jetant les yeux sur l’Europe—a voulu récompenser en même temps et le représentant de la science et celui de la haute critique littéraire.—Ier Nisard.»

M. Nisard cadet n’a pas eu beaucoup de peine à trouver la voie ouverte par monsieur son frère. Mais il s’est trouvé dans la situation d’Alexandre,—qui pleurait à chaque victoire de son père Philippe,—en disant: «Il ne me laissera rien à faire.»

Les pères Philippe en général aiment assez à tout faire eux-mêmes.

M. Nisard cadet—passa en revue les hommes de génie de l’époque;—le compte n’en est pas plus long qu’il ne faut. «Il n’y a rien à faire là, se dit-il, mon frère me les a insultés.»—Il lui fallut se rabattre sur un homme de beaucoup de mérite,—et il s’est lancé sur M. Michelet.

M. Michelet a eu la bonté de m’envoyer son livre,—qui m’a fait plaisir.—M. Nisard cadet pense autrement: «Ce livre, dit-il,—échappe à une analyse un peu forte, à cause de l’érudition extravagante de l’auteur.—De graves facéties, des peintures renforcées et graveleuses, etc.—A quoi sert, s’écrie M. Nisard cadet, cette curiosité qui se met sur la trace des moindres détails du passé?—Il n’y a qu’une manière d’écrire l’histoire de la Pucelle,—dit M. Nisard cadet, c’est que l’écrivain se laisse emporter lui et toute sa science archéologique au cours impétueux de la tradition populaire.» En un mot, l’opinion longuement exprimée par M. Nisard cadet est que l’érudition est au moins inutile pour écrire. Cela serait de l’histoire—à peu près comme en font les journaux pour la politique et les portières pour les mœurs.

L’histoire n’est déjà pas trop vraie, et l’on doit savoir gré aux savants qui s’efforcent de l’empêcher de devenir tout à fait un recueil de contes de ma mère l’Oie.

Cela fait,—M. Nisard cadet—se croise les bras et attend.—IIe Nisard.