Schœne, qui n’était pas consolé du sort de ses plantes, aperçut le roi et se sauva d’un autre côté. Le roi s’en aperçut et l’appela; mais Schœne feignit d’être fort occupé et ne répondit pas.—Le roi appela une seconde fois sans plus de succès; à la troisième il appela si fort, qu’il n’y avait pas moyen de ne pas entendre.—D’ailleurs Schœne était attendri de cette persévérance.—Il se retourna et dit brusquement:
—Qu’est-ce que vous me voulez, sire?
Le roi, qui n’ignorait pas la cause de sa mauvaise humeur,—voulut essayer de l’adoucir et lui dit:
—Ah ça! qu’est-ce qu’ils m’ont fait là? On dirait une église du temps de Louis XIII;—ce n’est pas ce que j’avais demandé.
—Si vous ne l’aviez pas ordonné, dit Schœne, on ne l’aurait pas fait.—Votre Majesté a perdu Monceaux avec cette affreuse baraque; elle en est bien le maître.
(Que dirait donc Schœne, bon Dieu! s’il voyait la galerie de bois pendue et accrochée comme un garde-manger de bonne femme, contre une galerie du Louvre?)
Cette fois cependant on causa et on se raccommoda. Lorsque Louis-Philippe était encore duc d’Orléans, longtemps avant les anecdotes que je viens de vous raconter, on avait beaucoup tourmenté Schœne pour qu’il portât la livrée du prince;—il refusa positivement.—Quand le duc d’Orléans fut roi de France,—un jour qu’il se promenait à Monceaux, il dit à Schœne:
—Schœne, vous n’avez pas voulu porter la livrée du duc d’Orléans, porterez-vous celle du roi des Français?
—Pas davantage, sire, je ne suis pas domestique, je suis jardinier;—vous seriez empereur, que ce serait la même chose:—j’aime mieux m’en aller.
Le roi rend justice à Schœne et l’aime beaucoup;—il a défendu qu’on lui fît jamais aucune plainte contre son favori.