Parlons un peu, madame, du gouvernement.

Un droguiste qui voudrait se faire bonnetier ferait hausser les épaules à tous les bonnetiers de son quartier. «Eh? s’écrierait-on de toutes parts, où a-t-il appris notre état? quand s’en est-il occupé,—et comment veut-il le faire s’il ne l’a pas appris?»

Mais qu’un droguiste ou qu’un bonnetier ait amassé une fortune suffisante—dans les raccourcissantes préoccupations du commerce qui consistent à payer les choses au-dessous de leur valeur et à les revendre au-dessus,—il aspire à gouverner son pays, et personne ne le trouve mauvais.

Notez qu’il ne s’avise de cela qu’à l’âge où ses facultés s’effacent au point qu’il n’est plus capable de tenir sa maison comme par le passé.—Ses enfants alors et ses gendres craignent qu’il ne patauge d’une manière désastreuse dans ses affaires, et ils lui font venir l’idée d’être député.—Peu leur importe qu’il aille porter sa part de sottises dans l’administration du pays,—pourvu qu’il ne fasse plus de fautes dans l’achat et la vente du coton.

Certes, si un homme de cinquante ans était venu trouver M. Ganneron ou M. Cunin-Gridaine—et avait dit à l’un: «Je veux être épicier,»—ou à l’autre: «Je me destine à la fabrication des draps,»—M. Ganneron ou M. Gridaine aurait dit à cet homme:

—Mon bon ami, vous êtes-vous occupé de la partie?

—Non, monsieur, aurait-il répondu.

—Alors, mon bon ami, vous êtes fou.

Eh bien, M. Ganneron et M. Cunin ont passé leur jeunesse et une bonne moitié de leur âge mûr dans les préoccupations de l’épicerie et de la fabrication des draps.—Après quoi un jour ils se sont mis dans le gouvernement,—l’un comme député, l’autre comme ministre.