Il se fait en ce moment pour les élections une alliance qu’il m’est impossible de ne pas trouver singulière:—c’est celle des républicains et des légitimistes.

C’est une alliance bizarre et fondée sur ceci: le parti qui est le plus fort est évidemment le parti conservateur.—Le parti légitimiste, livré à ses propres forces, ne peut espérer le renverser;—le parti républicain est dans la même situation,—mais tous deux réunis peuvent l’emporter sur le parti conservateur.—Le parti conservateur une fois abattu, les deux partis alliés se sépareront, prendront du champ et se battront entre eux.

Ils ne se réunissent provisoirement que pour conquérir le champ de bataille où chacun des deux alliés espère écraser l’autre.

Quel que soit le résultat des élections,—tous les candidats, dont les deux tiers à peu près n’ont pour but que de renverser le roi Louis-Philippe,—sont prêts à lui prêter le serment de fidélité exigé par la loi.

Il n’y a donc d’aucun côté—ni bonne foi, ni probité, ni convictions sérieuses.

Sans parler des ruses, des perfidies, des intrigues de toutes sortes,—sans parler de la corruption qu’emploient tous les partis.

C’est la plus sale cuisine qu’on puisse imaginer;—pendant ce temps le pays est encore plus embarrassé que celui qui tient la queue de la poêle,—car c’est lui qu’on fait frire.

Et—des gens m’écrivent chaque mois pour me reprocher de ne pas prendre de couleur, de n’appartenir à aucun parti;—montrez-m’en un qui soit honnête—et nous verrons.