Toutes choses dont les gens les plus sensés, les meilleurs, les plus spirituels, trouveront quelques-unes dans leurs souvenirs.

Je ne parle pas de ceux qui recommencent ces sottises toute leur vie;—ce ne sont plus des gourmes: c’est la teigne.

Il n’y a rien d’égal à la petitesse de l’homme, si ce n’est sa vanité.—Il a jugé à propos de se créer un Dieu;—de lui imposer ses passions,—de le mêler à ses querelles,—de lui donner sa sotte figure,—de l’affubler de vêtements roses et bleus;—il existe des discussions écrites où deux auteurs soutiennent deux opinions touchant la chevelure de Dieu.—L’un, dont j’ai oublié le nom, prétend qu’elle est rousse;—l’autre, l’historien Josèphe, soutient qu’elle est couleur noisette.

Il y a des hommes qui ont protégé Dieu—contre d’autres hommes,—et qui les ont brûlés pour les forcer de croire.

Mais ce qui me semble le plus singulier, c’est quand un homme croit avoir offensé Dieu.

L’homme qui ne peut anéantir ni une goutte d’eau ni un grain de poussière,—lui, toujours enfermé dans les mêmes passions, dans les mêmes joies, dans les mêmes douleurs.

O homme! mon pauvre ami, avec quelles armes penses-tu offenser Dieu,—et quelle est donc sa partie vulnérable? a-t-il, comme Achille, quelque bout de talon qu’il ait négligé de rendre éternel?

O homme! Dieu est tout ce qui est; Dieu est la mer, le ciel, et les étoiles;—Dieu est la terre et l’herbe qui la couvre;—Dieu est à la fois les forêts et le feu qui dévore les forêts;—Dieu est l’amour qui rend les tigres caressants, et qui force les papillons à se poursuivre dans les luzernes,—et l’amour des fleurs qui se fécondent en mêlant leurs parfums;—Dieu est les hommes qui pourrissent dans la terre et les violettes qui tirent leurs couleurs et leurs parfums de la putréfaction des hommes;—Dieu est l’air bleu, les nuages, le soleil,—les hautes montagnes—et les insectes qui vivent huit cents dans une goutte d’eau.

Et tu crois offenser Dieu! tu crois offenser Dieu! mais regarde celui qui, selon toi, a le plus offensé Dieu,—le soleil cesse-t-il de caresser son front?—les parfums des fleurs deviennent-ils fétides pour lui?—l’eau des fleuves recule-t-elle devant ses lèvres sèches?—les fruits deviennent-ils de la cendre dans sa bouche?—l’herbe jaunit-elle sous ses pieds? Non, pas que je sache.