Mais la justice ne reconnaît que la propriété des choses matérielles.—M. Hugo et M. de Lamartine, s’ils veulent être pris par elle au sérieux, devront se faire marchands d’allumettes chimiques ou fabricants de cirage podophile.
En énumérant le mois passé tout ce que j’avais obtenu de protection de la part des rois, d’États, de vaisseaux, pour la somme de soixante-quinze centimes, je disais que je donnerais volontiers soixante-quinze autres centimes pour trouver comme écrivain la protection dont je jouis comme pêcheur.—Voilà un exemple de ce que j’avançais:
Il y a environ deux mois, j’appris, par deux feuilletons de Janin et de Théophile Gautier, que trois ou quatre messieurs avaient bien voulu prendre dans un petit roman de moi, qui s’appelle Hortense,—le sujet d’une pièce jouée sur le théâtre du Vaudeville.
Quelques jours après je vis, dans un autre journal, l’analyse d’une autre pièce jouée sur le théâtre du Palais-Royal,—et intitulée: Dans une armoire. Cette pièce est entièrement prise dans un petit conte qui a été imprimé sous le titre de: Histoire de tant de charmes ou de la Vertu même.
Je ne fais pas partie de la Société des gens de lettres,—d’aucune autre société.—Je n’aime pas qu’un musicien ou poëte puisse aller prendre au collet un homme qui fredonne dans la rue une romance de lui,—en lui disant: «C’est trois francs.»
Je me contentai donc d’écrire à M. Dormeuil,—directeur du théâtre du Palais-Royal,—et le soir accessoirement père noble et jouant les rôles à canne, les utilités, etc.
Je disais à ce M. Dormeuil—que je ne venais pas inquiéter ses auteurs—dans leurs droits et recettes, mais que, sachant peu leur nom,—et pas du tout leur adresse, je le priais de me rendre, d’accord avec eux, une justice qui ne leur coûterait rien.
Le même sujet, avec les mêmes détails, paraissant à la fois sur le théâtre du Palais-Royal—et dans un livre de moi,—je ne voulais pas que le public,—qui ne s’amuserait pas à consulter les dates,—m’accusât d’avoir pris l’ouvrage de MM. Laurencin et... je ne sais qui...
Il me semblait donc qu’il serait honnête à ces messieurs de mettre sur l’affiche que leur pièce était tirée d’un ouvrage de moi.
M. Dormeuil ne crut pas devoir me répondre.