La quantité innombrable de mauvais vers dont la mort du duc d’Orléans a été le prétexte—nous rappelle la prudente épitaphe que fit pour lui-même le poëte Passerat—et qui finissait par ces deux vers:
Pour que rien ne pèse à ma cendre et à mes os,
Amis, de mauvais vers ne chargez pas ma tombe.
Le 26 juin dernier,—vers une heure et demie de l’après-midi,—Sophie Ollivier, jeune fille de dix-sept ans, journalière à Faumont, prés de Douai,—partit de chez elle pour aller voir une de ses sœurs à quelques lieues de là.—Un misérable, appelé Mogren,—la rencontre dans le bois de Faumont,—lui adresse des propositions insultantes,—et, sur son refus,—se précipite sur elle,—la renverse,—la saisit par les cheveux et lui coupe le cou avec une serpe;—elle est morte, il la déshabille,—et s’enfuit en emportant jusqu’aux souliers de la malheureuse Sophie Ollivier.
Le criminel, arrêté,—est reconnu coupable d’assassinat et de vol par le jury des assises du Nord;—mais le jury reconnaît en sa faveur des circonstances atténuantes.
On dit que le ridicule tue en France;—il faut croire qu’il ne tue pas vite,—peut-être ce qu’a de ridicule la fréquence de pareils jugements est-il atténué par ce qu’ils ont d’horrible et de dangereux.
Un malheureux est traduit en police correctionnelle sous la prévention d’avoir volé une tabatière.
M. le président le tance vertement—avant de prononcer sa condamnation.—Entre autres choses remarquables que renfermait la petite harangue du président, j’ai remarqué spécialement celle-ci:
«Prévenu, quand vous avez été arrêté, on a trouvé sur vous UNE SOMME de un franc vingt-cinq centimes; vous ne direz DONC pas que c’est la misère qui vous a poussé à commettre ce délit.»